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Un repas particulier

Itsuko Masuda


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Dim 10 Déc 2017 - 17:24
Itsuko s’observa dans le miroir avec un air perplexe, ne comprenant pas pourquoi sa mère tenait autant à ce qu’elle soit habillée correctement pour recevoir la famille Ogawa ce soir. D’ailleurs, elle ne comprenait pas non plus pourquoi ses parents avait invité la famille, sachant uniquement qu’ils venaient pour régler, une bonne fois pour toutes, ces querelles insignifiantes en ces temps de famine. Elle avait donc revêtu une tenue traditionnelle de la région achetée auprès des tisseurs à Hozucho, de couleur très sobre mais donnant une impression habillée. Ne vivant pas dans le luxe, ils ne pouvaient se permettre de dépenser à tort et à travers mais ses parents avaient toujours attaché un intérêt particulier à la tenue et à l’image qu’ils renvoyaient aux personnes qu’ils invitaient dans leur demeure. Ses cheveux, attachés en un chignon très serré avec des pics en bois pour faire tenir le tout, permettaient à son visage d’être dégagé, lui donnant un air plus ouvert et aimable que lorsqu’il lui arrivait d’avoir les cheveux lâchés, au réveil.

Itsuko – Vous avez trouvé une solution ? Est-ce qu’il… m’en veut ?, demanda-t-elle à sa mère pendant qu’elle attachait sa ceinture dans son dos.

Sa mère ne répondit pas immédiatement, prenant le temps d’attacher correctement la ceinture en tissu autour d’elle, sans laisser un seul pli. Ce n’est qu’après avoir terminé cela qu’elle fit se tourner Itsuko vers elle, la regardant en silence un long moment avant de lui dire qu’ils avaient peut-être trouvé une solution, oui, et que le temps dissiperait la colère de son père. Il ne pouvait pas lui en vouloir pour toujours, elle était sa fille. Elle allait le lui dire, poliment, mais sa mère la devança en lui assurant qu’elle était convaincue, qu’à terme, la jeune femme qu’elle était devenue parviendrait à faire oublier cette dispute. Son caractère était fort, oui, et elle avait eu tort de réagir ainsi… Mais la fougue de la jeunesse pouvait se comprendre, ce qui faisait qu’ils avaient tous les deux leurs torts dans cette histoire. Surtout qu’Itsuko était partie toute la journée sans montrer signe de vie, les inquiétant tous les deux même si seule sa mère l’avait montré.

Elle lui serra doucement les mains sans rien dire, la jeune fille restant silencieuse en respectant ce moment d’intimité qu’elles n’avaient pas l’occasion d’avoir très souvent. Que se passait-il donc ? Lorsque sa mère lui demanda si elle acceptait de l’aider à mettre la table, naturellement, Itsuko hocha la tête et la rejoignit dans la cuisine pour prendre des verres, des bols et des baguettes et des serviettes afin de tout amener dans la pièce qui leur servait à accueillir les invités, lorsqu’ils en recevaient. Elle disposa le tout sur la table, vite et bien comme elle l’apprenait depuis des années maintenant. Si cela n’avait pas été un repas avec la famille Ogawa, elle aurait pu croire qu’ils se préparaient pour la présenter à un futur époux… Dès qu’elle eut terminé, elle revint dans la cuisine. Pour l’occasion, sa mère avait sorti l’assaisonnement nécessaire à son plat de nouilles, légumes et poisson, tout venant de la région et étant donc frais de ce matin. Ce plat, très simple malgré leur époque qui allait de plus en plus à l’encontre de cette simplicité dans les ingrédients utilisés, était un de ses préférés et sa mère le savait. Avec la famine, ils étaient obligés de revenir à des plats simples mais tout aussi bons là où, ailleurs, en particulier dans les restaurants, ils se complexifiaient.

Bientôt, il fut l’heure et la famille Ogawa arriva, sonnant à la porte de chez eux. Tout était prêt dans les temps mais, définitivement, Itsuko ne comprenait pas l’empressement de sa mère ni pourquoi elle tenait à ce que tout soit parfait. Enfin, si, on recevait toujours très bien quelqu’un, par respect et pour que cette personne ne parle pas de la soirée de manière négative – surtout pour eux, maintenant. Mais elle ressentait une pression supplémentaire, comme si ce repas représentait un enjeu bien plus important et sérieux. Respectueuse et calme, comme elle l’avait appris depuis toujours, Itsuko resta droite et neutre, se montrant polie malgré la tension ambiante lorsque la famille Ogawa entra dans la maison. Une femme et un homme qui devaient être plus âgés et un homme plus jeune aux longs cheveux bruns tout comme ses yeux, un de leurs fils comme elle l’avait compris après les nombreuses discussions perçues sans en avoir réellement le droit. Mais elle ne comprenait pas… Pourq… Non. Elle se trompait, même si tout ressemblait à la rencontre avant le mariage, comme sa mère l’y avait préparée depuis des années. Elle se trompait. N’est-ce pas ?

Père – Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre demeure, dit-il en s’inclinant comme sa mère et Itsuko, entrez et suivez ma femme et ma fille, je vous prie.

Après les avoir débarrassés et fait brièvement les présentations pour commencer, elles les guidèrent avec son père vers le petit salon où ils purent s’asseoir, tous les six, sur des coussins disposés au sol avec des verres posés sur un plateau, à table. Bien droite, elle s’assit à côté de ses parents, comme Kento, et se demandait s’il pensait à la même chose qu’elle en cet instant précis. Itsuko resta neutre, ignorant quel comportement adopter malgré tout ce que sa mère lui avait dit jusqu’ici. Elle n’était pas habituée, pensant que c’était un simple repas de courtoisie pour tenter d’améliorer les choses. Mais s’ils pensaient réellement à les marier… Elle avala sa salive, n’étant pas prête même si elle ne refuserait pas. Il s’agissait de son Devoir, c’était normal. Seulement, elle ne s’attendait pas à cela et la colère montait à nouveau, intérieurement. En temps normal, un père cherchait à marier sa fille avec un homme de la même classe sociale, ou plus haut si c’est possible, dans un but d’agrandissement ou pour s’assurer que tout ira bien pour elle. Mais ici, ce n’était pas réellement le cas… Et elle allait devoir l’accepter alors qu’ils n’avaient rien en commun, pas les mêmes valeurs, pas les mêmes apprentissages ni le même monde. Leurs familles se détestaient !

Père – Ma fille, Itsuko, est notre enfant la plus jeune, elle vient d’avoir vingt-cinq ans, comme je vous l’ai dit. Nous sommes paysans et toute notre famille a vécu ici, dans cette demeure. Kameyama n’est pas très loin non plus. Mais peut-être avez-vous des questions à certains sujets ? Etant donné nos rapports, nous n’avons jamais eu l’occasion de discuter réellement.

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Kento Ogawa


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Dim 10 Déc 2017 - 19:17
Se retrouver contraint d'abandonner son travail en plein après-midi pour se rendre à un repas chez une famille qu'il ne supportait pas pour en plus se mêler à une histoire de querelle qui ne concernait pas avait vraiment le don d'épuiser toutes les forces de Kento. Mais son père ne lui avait pas laissé le choix et Kento n'imaginait pas non plus lui désobéir ou lui manquer de respect. Aussi grimpa-t-il sans mot dire dans le grand bateau qui descendait la rivière Hozu, en direction de l'affluent des grandes villes, comme on l'appelait dans le coin, vêtu d'un yukata sombre et chaussé de sandales, un manteau sur les épaules. Il préférait encore ne pas poser de questions, tant ses parents avaient des mines très sérieuses, presque graves, donnant le sentiment de se rendre à un enterrement. Et les Masuda, enfin ! Il jugeait cette famille arrogante, d'une infinie mauvaise foi et surtout, emportée et manquant de sensibilité. Des glaçons, somme toute, qui s'emportaient pour un rien. Assis dans un coin du bateau, frissonnant parfois à cause des giclées glacées d'eau lorsqu'ils passaient les rapides de la rivière, il s'intéressa plutôt au travail des trois hommes qui, à la seule force de leurs bras, passaient plans calmes et rapides, entre les rochers. Un travail de force qui l'avait toujours impressionné.

Après le trajet en bateau, ils prirent place dans une longue charrette avec trois autres familles, qui les mena sur des chemins plus cahoteux mais déjà plus dégagés, la forêt était derrière eux, ils pénétraient dans les grandes vallées où se dressaient les villes. Le soir tombait bientôt, curieux, d'ailleurs, qu'un repas de courtoisie, se déroule le soir ainsi. Il lança un regard en biais à ses parents puis le rebaissa, jouant un peu avec ses mains pendant qu'ils étaient menés cahin-caha sur la route. Il aurait pu beaucoup avancer dans son travail si ses parents n'avaient pas jugé bon de le conduire avec eux dans une querelle qui ne le concernait même pas, une très vieille rivalité entre deux familles dont les personnes à la source n'étaient même plus de ce mode aujourd'hui. En arrivant à la maison des Masuda, il nota tout d'abord l'évidence qui était que ces gens-là gagnaient beaucoup mieux leur vie qu'eux, artisans de génération en génération. En entrant, il s'inclina comme ses parents et leurs hôtes du soir pour saluer, les mains bien droites le long du corps. Bonsoir, enchanté, non pas, vraiment, mais il le dissimulait. Un couple d'un certain âge et une femme qui devait être leur fille. Kento resta en retrait, se concentrant plus sur les prochaines créations qu'il imaginait faire. Être ici lui donnait un simple sentiment de malaise, il était plus facile d'être réfugié à travailler ou bien au temple.

Monsieur Masuda – Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre demeure, entrez et suivez ma femme et ma fille, je vous prie.

Sa mère lui donna très discrètement un petit coup de coude alors qu'ils ôtaient leurs manteaux, lui murmurant de cesser de se perdre ainsi dans ses pensées ou son imagination, cela lui donnait n air ailleurs, trop rêveur, en résumé, il n'était plus dans le monde réel et cela se voyait trop. Oh, d'accord, très bien... Mais il était rêveur et imaginatif ! Il pourrait passer plus d'une heure à contempler un paysage sans bouger pour y tirer son inspiration, c'était ainsi. Son caractère était très doux, son corps endurci par les privations, son esprit en fièvre par l'étude des grands artistes, peintes, sculpteurs et écrivains. Son coeur bercé par la religion et ses textes. Ils s'installèrent ensuite dans un petite salon, leurs hôtes d'un côté de la table, ses parents et lui de l'autre, autour de verre. L'ambiance avait beau être pesante, Kento n'y prit pas attention plus que cela, absorbé un instant par l'observation d'une peinture faite sans doute par l'un des membres de la famille, particulièrement belle. Toute simple, mais fine et délicate. Il reporta ensuite les yeux sur la famille Masuda, un air neutre, où seul le regard brillait par une légère absence, peu discernable pour qui ne le connaissait pas. Heureusement, ses parents étaient concentrés sur leurs "rivaux".

Monsieur Masuda – Ma fille, Itsuko, est notre enfant la plus jeune, elle vient d’avoir vingt-cinq ans, comme je vous l’ai dit. Nous sommes paysans et toute notre famille a vécu ici, dans cette demeure. Kameyama n’est pas très loin non plus. Mais peut-être avez-vous des questions à certains sujets ? Etant donné nos rapports, nous n’avons jamais eu l’occasion de discuter réellement.

Père – Des questions sur des sujets très pratiques. Concernant votre implication politique, si vous en avez, ou d'autres implications plus personnelles quant à la situation actuelle. Nous ne tenons pas à ce que notre famille soit impliquée dans de quelconques problèmes avec les autorités gouvernantes, tout comme je pense que votre fille ne tient pas à se compromettre dans pareilles scènes.

Cette courte tirade eut le don incroyable de ramener entièrement Kento à la réalité et il lança un long regard à son père, la bouche entrouverte, alors que monsieur Masuda lui répondait d'un ton tout aussi ferme et affirmatif. Quel besoin avaient-ils de parler de ce genre de sujets si ce n'était pas pour... D'un seul coup, la lumière se fit, la vérité traversant son imagination envahissant la moindre parcelle disponible dans sa tête pour toucher directement son cerveau. Il cligna des yeux, une fois, deux fois, trois fois, réalisant peu à peu ce qu'était réellement ce soit-disant dîner de courtoisie. Lorsque ses parents avaient parlé d'une solution durable pour régler le conflit entre leurs deux familles, il n'avait pas du tout songé à cette solution-là. C'était un mariage qui ne pouvait fonctionner ! Cette fille, comme s'appelait-elle, encore... Ah, voilà, Itsuko. Donc, cette fille, elle venait d'une famille paysanne, avait vécu toute sa vie près d'une grande ville, n'avait pas une multitude de frère et sœur, n'avait jamais reçu d'éducation sinon celle nécessaire pour tenir une maison, élever des enfants et travailler aux champs et dans le jardin familial. Elle était distante, formelle, sans rire ni joie, sérieuse à ne plus en finir, ça ne pourra jamais convenir.

Lui-même était aux antipodes. Bercé par un moine des auteurs et artistes de tous les arts possibles, ne prenant presque jamais rien au sérieux, souriant pour tout, riant pour un rien, d'un caractère très doux, voire trop doux, détestant la ville et très attaché à la religion, attaché à une certaine idée de l'amour et des relations sociales. Evidemment, les femmes sérieuses étaient celles qu'on considérait comme les meilleures épouses, mais tout de même. Plus il entendait son père et celui de cette fille discuter, mieux il comprenait à quoi on les réservait. Ce n'était pas un verre pris ensemble pour se détendre, c'était l'élaboration pure et simple d'un contrat de mariage entre deux parties. "Ma fille sait faire ceci et cela", "Mon fils est travailleur et bien formé", "Ma fille a été éduquée avec rigueur et sérieux", "Mon fils sait se charger d'une famille nombreuse et sait lire, écrire et compter"... C'était l'écriture d'un contrat, oui. Mais cette femme en devra-t-elle pas être donnée en mariage à un homme de même condition sociale ? La volonté de réconcilier leurs deux familles passait donc au-dessus de cette règle élémentaire.

Père – Kento vient d'avoir dix-neuf et gagne déjà assez bien sa vie, il fabrique et vend des objets religieux aux fidèles des Temples et parfois aux moines, suivant les besoins des offices. Et comme je vous l'ai dit, il sait lire, compter et écrire, un savoir non négligeable pour celui voulant développer son affaire.

Pour le moment, Kento n'avait pas certes pas encore songé à la manière de manier ledit savoir pour développer son affaire... Il devait en exister beaucoup, bien entendu, en revanche, il pensait en parler tout d'abord avec Kazuki. Toujours silencieux, il écoutait ses parents et ceux de Itsuko, pendant qu'ils définissaient les termes du contrat. Se détachant à nouveau, il reporta le regard sur la peinture qu'il avait trouvé si belle, dès le premier coup d'oeil, l'observant encore, jusqu'au moment où ils passèrent ensuite à table. Juste avant de quitter le petit salon, il sourit et lança un regard en biais à la jeune femme.

Kento – Pouvez-vous me dire qui a peint ceci ?

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Itsuko Masuda


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Lun 18 Déc 2017 - 23:08
Monsieur Ogawa – Des questions sur des sujets très pratiques. Concernant votre implication politique, si vous en avez, ou d'autres implications plus personnelles quant à la situation actuelle. Nous ne tenons pas à ce que notre famille soit impliquée dans de quelconques problèmes avec les autorités gouvernantes, tout comme je pense que votre fille ne tient pas à se compromettre dans pareilles scènes.

Itsuko bouillait intérieurement, en avait presque la nausée tant la colère grimpait encore et encore en elle. C’était impossible. Pourquoi son père avait-il fait cela ? Oui, d’accord, la marier à un homme qu’il aurait choisi était normal, elle s’était faite à cette idée depuis des années. Mais pas à cet homme ! Enfin, qu’avaient-ils en commun ? Kento devait être rustre, avait cet air détaché et stupide de certains artisans et ne devait même pas être doux ou plus calme malgré son silence actuel. Il ne les écoutait même pas ! Était-il seulement éduqué, vraiment ? Savait-il ce que signifiait le verbe « travailler », se lever tôt et se coucher vraiment tard ?Pourquoi la placer dans une famille d’origine sociale moins élevée que la leur ? D’habitude, les parents cherchent à faire évoluer leur fille dans la société, pas l’inverse ! Mais Itsuko resta calme et posée, gardant un sourire poli et un air neutre en toutes circonstances, approuvant les paroles de son père et regardant discrètement Kento, de temps à autre, pour montrer un intérêt poli à son égard. C’était de la folie… de la folie pure. Elle ne comprenait définitivement pas. Qu’avait-elle fait de si grave ? C’était à cause de cette dispute, c’est cela ? Elle pensait qu’il ne lui en tiendrait pas rigueur !

Itsuko les écouta pendant un moment qui sembla durer une éternité, tous les deux, parler d’elle-même et de son futur époux. Lui savait faire telle et telle chose, elle telle et telle autre chose. Ils comparaient les compétences de chacun, comme pour convaincre l’autre que leur enfant était le meilleur et qu’aucun autre ne pourrait convenir. Son père savait-il seulement que c’était lui qui perdait au change, dans cette histoire ? Certes, il avait un commerce, des terres à travailler, des champs, de la nourriture… Mais tout cela était plus important que le bonheur et le futur de sa propre fille ? Itsuko resta bien droite, les mains jointes devant elle comme le lui avait appris sa mère pour cette journée si spéciale. La rencontre officielle des deux familles, première étape du mariage en devenir. C’était… n’importe quoi. Et en plus, ils avaient tous les deux été piégés. En tout cas, c’est l’impression qu’en avait la jeune femme en observant Kento qui était tout aussi choqué qu’elle et qui la détaillait, à présent, comme s’il s’était subitement réveillé depuis que leurs parents avaient commencé à parler. Ils n’avaient rien vu, rien du tout… Ce n’était pas une rencontre qui pouvait se préparer discrètement, pourtant !

Monsieur Ogawa – Kento vient d'avoir dix-neuf et gagne déjà assez bien sa vie, il fabrique et vend des objets religieux aux fidèles des Temples et parfois aux moines, suivant les besoins des offices. Et comme je vous l'ai dit, il sait lire, compter et écrire, un savoir non négligeable pour celui voulant développer son affaire.

Il… Oh. Bon, d’accord, peut-être pas si rustre et stupide que cela, finalement. Itsuko l’avait peut-être jugé un peu vite sans réfléchir et s’en voulait, d’un coup. Parce qu’elle suivait ce que pensaient ses parents sans même prendre le temps de juger elle-même la personne, sans prendre le temps de la connaître et de savoir vraiment qui elle était. Influencée par ses parents et leur faisant toujours confiance, Itsuko n’avait… pas réfléchi. Du tout. Elle était beaucoup plus dans l’action que dans la réflexion, ne mâchant pas ses mots lorsqu’elle perdait son sang-froid – ce que sa mère lui avait souvent reproché, d’ailleurs. Ne se préoccupant plus de la discussion, écoutant néanmoins un peu plus attentivement comment ses parents présentaient Kento, la jeune femme resta silencieuse jusqu’à ce qu’il fut temps de se lever pour passer à table.

C’était un vrai cauchemar… Volontairement, sans doute, leurs parents s’avancèrent en premiers pour s’installer et les laisser en arrière. Sa mère lui lança un regard sans équivoque pour lui faire comprendre de rester en arrière, de traîner pour accompagner le fils des Ogawa et montrer son intérêt. Pourtant, ils auraient le temps de discuter. Toute leur vie. Sans savoir s’ils s’appréciaient puisqu’ils n’avaient pas reçu la même éducation, n’avaient pas les mêmes valeurs, le même caractère, la même origine, les mêmes… Tout, en fait. Mais, consciente du regard pressant de ses parents, Itsuko fit un effort et resta avec Kento alors qu’il observait la toile d’un peintre ancien mais réputé offerte par un riche acheteur très fidèle à ses parents. Ils n’aimaient pas particulièrement la peinture, pas plus que cela, la jeune paysanne n’en comprenant pas les subtilités mais appréciant ce que représentait ce paysage. Elle en connaissait le peintre, forcément, sa mère lui avait répété son nom encore et encore afin qu’elle ne commette aucun impair lorsqu’ils recevaient des invités. S’arrêtant à côté de Kento, elle croisa les bras, patiente, alors qu’il lui souriait en la regardant en biais. Bon… Un effort. Itsuko lui rendit son sourire, un peu crispée, mais tâchait de se montrer avenante.

Kento – Pouvez-vous me dire qui a peint ceci ?

Itsuko – Bien sûr, il s’agit de Taiseiken, peut-être le connaissez-vous sous le nom de Sōtasu ou Inen. Il a un goût particulier pour la tradition artisanale et a également peint sur beaucoup d’éventails. Vous vous intéressez à la peinture ?

Kento – Oui, beaucoup, et les arts de façon plus globale, dit-il avec un sourire lointain. La peinture est l'une des plus belles manières, avec la musique, d'exprimer ce que l'on ressent lorsque les mots n'y suffisent plus. Peindre est saisir un instant, avec justesse, on ignore souvent le travail réalisé en amont. Enfin, le moment n'est pas très bien choisi, nos familles vont attendre.

Oui… Itsuko hocha la tête, retenant un long soupir pour ne pas montrer son désarroi. Elle n’avait pas envie d’aller à table, pas envie de voir la suite de ce repas se dérouler. Pour la simple et bonne raison que, s’il s’agissait du repas de… de leur rencontre, la suite n’allait pas lui plaire. Leur plaire. Elle ignorait comment leurs parents, à tous deux, avaient réussi à tout dissimuler sans qu’ils ne s’en doutent le moins du monde. Bon, pour Kento, ce n’était pas très difficile, il semblait tout le temps perdu dans ses pensées, en train de rêver sans prêter attention à ce qui l’entourait. Mais Itsuko faisait attention ! Elle était observatrice, d’habitude. Mais ici… Et, connaissant ses parents, ils avaient respecté les traditions, chaque point à la lettre – hormis la classe sociale, par conséquent –, ce qui faisait que tout était bien là, quelque part. Mais non… Elle refusait d’y penser, là, tout de suite. Même le simple fait de l’évoquer lui donnait l’envie de hurler, de crier à l’injustice.

Un véritable nœud dans l’estomac, la jeune femme précéda le fils des Ogawa pour aller dans la pièce où tous étaient déjà en train de s’installer correctement, les regards se tournant vers eux lorsqu’ils arrivèrent avec un sous-entendu clairement perceptible. Malaise, quand tu nous tiens… Itsuko avala discrètement sa salive puis vint s’asseoir près de ses parents qui avaient laissé une place libre à ses côtés pour Kento, naturellement, leurs parents se faisant face. Maintenant qu’elle y pensait, elle était forcée d’admettre que sa mère avait fait un repas plus formel et important, comme lors des grandes occasions… Réprimant un frisson, elle observa son assiette encore vide et s’apprêta à joindre les mains devant elle pour l’habituelle formule prononcée avant un repas mais ses parents ne suivirent pas, tout comme ceux de Kento. Heu… Ça sentait mauvais. Très mauvais. Ils échangèrent soudain un regard, sa mère hochant la tête avant d’enfin se lever pour chercher quelque chose. Non…

Pourtant, elle revint avec… une… Itsuko pâlit en réalisant qu’elle avait effectivement raison, depuis le début, se sentant beaucoup plus mal tout à coup même si c’était logique, même si ce n’était pas une surprise. Sa mère lui donna un obi, s’agenouillant près d’elle pour la lui tendre de manière plus solennelle. La jeune femme prit la ceinture de kimono en ne tremblant pas qu’à très grande peine, conservant son sang-froid et ne montrant absolument rien comme on le lui avait appris, bien droite. Elle la remercia, hochant la tête et se courbant très légèrement, se tournant ensuite vers Kento. Si elle avait reçu la ceinture, lui… Retenant son souffle, ayant l’impression de vivre un réel cauchemar, de s’être presque fait trahir et utiliser, Itsuko ne disait rien tandis que la mère de son fi… de Kento se levait à son tour pour prendre le cadeau à offrir, signe de fidélité. Elle pâlit encore un peu plus lorsqu’elle la vit revenir avec un hakama, le hakama, le tendant de la même manière à son fils. Malgré la cérémonie, elle eut l’impression qu’une tension pesante enveloppait la pièce et tous les convives. A moins que ce ne soit eux, tout simplement, Kento et Itsuko…

Itsuko – Nous vous remercions pour ces présents, dit-elle d’un ton qu’elle s’efforçait calme et reconnaissant. C’est… une surprise, pour nous deux. Je pense.

Mère – Nous sommes heureux que cela vous convienne, la situation s’arrangera d’autant plus vite si tout le monde y met du sien.

Itsuko se tourna, cette fois, vers Kento, l’incitant à dire quelque chose aussi, à réagir, même si sa propre réaction devait le choquer étant donné qu’il avait témoigné d’une perte de sang-froid incroyable lorsqu’il avait réalisé ce qu’avaient préparé leurs parents. Mais là, elle avait aussi besoin de ses réactions, il était tout aussi concerné qu’elle ! Et il restait encore les neuf autres cadeaux, la longue soirée et la cérémonie de mariage… Depuis quand préparaient-ils tout cela, exactement ? La question lui brûlait les lèvres mais, pour préserver les apparences, elle se tut, attendant seulement un coup de main de Kento pour ceci. Même un petit, cela suffirait.

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Jeu 28 Déc 2017 - 14:23
Mademoiselle Masuda – Bien sûr, il s’agit de Taiseiken, peut-être le connaissez-vous sous le nom de Sōtasu ou Inen. Il a un goût particulier pour la tradition artisanale et a également peint sur beaucoup d’éventails. Vous vous intéressez à la peinture ?

Kento – Oui, beaucoup, et les arts de façon plus globale. La peinture est l'une des plus belles manières, avec la musique, d'exprimer ce que l'on ressent lorsque les mots n'y suffisent plus. Peindre est saisir un instant, avec justesse, on ignore souvent le travail réalisé en amont. Enfin, le moment n'est pas très bien choisi, nos familles vont attendre.

Si on le lançait sur ce sujet, il pouvait alors y passer bien des heures, tout comme il pouvait se perdre tant d’heures dans la contemplation d’un paysage ou à réfléchir au plus sûr geste pour peindre un éventail, à la petite touche de couleur manquante sur une œuvre complète. Il se détourna à contrecœur du tableau pour suivre la jeune femme jusqu’à la pièce où le repas était dressé, cherchant par automatisme s’il y avait d’autres toiles peintes ou des objets décoratifs, l’esprit toujours illuminé par celui qu’il venait d’observer. A la fois simple et beau, notant une profondeur à laquelle on ne s’attendait pas, tout était dans les détails. Tout le véritable génie de l’art était là ! Dans ce souffle saisi en un instant, de ce « petit plus » qu’on voyait mais qu’on ne pourrait identifier précisément, ce détail qui rendait une œuvre unique et magnifique. Il s’assit près de ses parents, adressant un sourire poli au chef de famille par la même occasion, puis la mère de Itsuko se releva presque aussitôt et partit. Durant ce court laps de temps, l’attention de Kento fut attiré sur la finesse du plat posé au centre, gravé avec soin. Cette famille avait du goût, finalement, ils n’étaient pas tant des glaçons que cela. A moins qu’ils n’aient reçu cela en cadeau et n’aient pas conscience de la finesse de l’art.

Madame Masuda revint très vite, cependant, portant dans ses mains un Obi qu’elle offrit à sa fille avec le geste rituel, en le présentant bras tendus, le vêtement posé sur les poignets, poings fermés vers le haut. Le jeune homme revint à moitié à la réalité, se souvenant que leurs familles respectives comptaient les marier, oui, ils étaient ici pour cela. Très peu de ses amis avaient encore connu le repas de rencontre, étant donné que la plupart étaient soit plus jeunes, soit à peine plus âgés et l’âge moyen pour le mariage, dans le cas d’un garçon, tournait autour de vingt ou vint-deux ans. Sa propre mère se leva à son tour pour aller cherche le premier présent offert au futur marié. Il la remercia en inclinant la tête, après l’avoir reçu, sans se poser la moindre question. Il connaissait simplement bien les cérémonies car il assisté à celles de ses frères et sœurs aînés, pour le reste, c’était aux parents de tout arranger, il n’allait pas leur manquer de respect en se mettant à râler ou protester, qu’on ne choisisse pas sa future épouse était ordinaire. Déposant la paquet près de lui, en le ré-emballant comme il le put, il sourit autant à ses parents qu’à ses futurs beaux-parents.

Mademoiselle Masuda – Nous vous remercions pour ces présents. C’est… une surprise, pour nous deux. Je pense.

Madame Masuda – Nous sommes heureux que cela vous convienne, la situation s’arrangera d’autant plus vite si tout le monde y met du sien.

La situation de conflit entre leurs deux familles, voulait-elle dire ? Il l’espérait, si tel était le but de ce mariage, que cela ait au moins l’impact voulu. Croisant ensuite le regard d’Itsuko, il fut un peu surpris en voyant ses yeux lancer un appel aussi perdu et désespéré. Qu’il y a-t-il ? Il avait bien remercia ses parents et futurs beaux-parents, le reste allait maintenant suivre son cours. Oh, mais peut-être qu’il pourra lui apprendre à lire, s’ils se mariaient ! Son ami lui avait montré une méthode efficace et il avait déjà commencé à faire étudier les plus jeunes membres de la fratrie, y passant une heure chaque jour avec eux, avant qu’il ne soit temps de se mettre au travail. Il adressa donc un sourire confiant à Itsuko, espérant vivement qu’elle aussi sera contente de pouvoir apprendre la lecture et l’écriture. Il joignit les mains comme les autres en prononçant la formule rituelle avant que le repas ne débute, tout en repensant à comment s’organiser, s’il se retrouvait marié ainsi tout d’un coup, pour continuer l’apprentissage de l’écriture à ses jeunes frères et sœurs. Tout dépendait de l’endroit où ils vivront, Kento pensait partir car une épouse et sans doute des enfants en plus, ce sera une charge financière bien trop lourde pour sa famille.

En tout cas, ce repas était vraiment très formel, c’était bien le premier aussi cadré que Kento suivait… Ils reçurent des cadeaux, durant tout le repas, comme un éventail ou de l’algue pour la fertilité, leurs parents respectifs leur souhaitant de nombreux enfants. A ce souhait, kento répondit d’un ton naturel que cela dépendra aussi, le nombre d’enfant, de l’argent qu’ils auront pour les élever et qu’il ne voulait pas dix enfants s’il ne pouvait en nourrir que la moitié. Un blanc tomba, assez brusquement, avec quelques sourires gênés aux entournures, avant que les conversations ne reprennent, sur un ton forcé. Kento était très souvent dans la lune, cela dit, il avait aussi ce talent pour énoncer très platement les vérités, comme ça, au beau milieu d’une conversation. Il détestait l’hypocrisie ! Si une chose devait être dite, il ne servait à rien de la détourner ou de mentir, car c’était comme ça que naissaient les conflits. Profitant que leurs parents s’était lancés dans une conversation très animée sur la rumeur d’un complot, il tourna la tête vers Itsuko, après avoir posé la petite boîte décorée contenant l’algue.

Kento – Pourrais-je vous apprendre à lire et à écrire ? Et sinon, qu’est-ce qui vous ferait plaisir et que je puisse faire pour vous ?

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Itsuko Masuda


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Dim 21 Jan 2018 - 22:44
Oui, définitivement, ce repas était un vrai cauchemar. Et Kento ne semblait même pas en être choqué ! Itsuko n’était pas énervée par le mariage, elle savait qu’elle était destinée à un homme que ses parents auraient choisi et n’était pas surprise ni terrifiée à cette idée, c’était prévu depuis sa naissance. Mais les Ogawa ! Seulement pour arranger leurs affaires, pour être tranquille et récupérer… elle ne savait plus quoi ? Ce conflit remontait à tellement d’années qu’elle n’en connaissait qu’à peine les origines, étant surtout au courant des derniers problèmes que ses parents n’étaient pas parvenus à dissimuler. Même si elle avait respecté leur souhait de ne pas en parler et avait attendu le bon moment, n’ayant pas fait exprès de l’apprendre sur le moment. Et aujourd’hui… Aujourd’hui, voilà la seule solution qu’ils avaient trouvée pour régler leurs différends. Kento lui répondit par un sourire, pas plus perturbé que cela par ce qui leur arrivait alors qu’il y a quelques minutes à peine, il était choqué au même point qu’Itsuko. Elle tâchait de faire bonne figure, se tenant droite et humble, répondant à son sourire par pure politesse pour ne pas déshonorer ses parents en ayant une réaction négative. Mais, intérieurement, elle était loin, très loin de sourire…

Joignant les mains par automatisme, prononçant la formule habituelle, les yeux clos, la jeune femme sourit à ses parents lorsque sa mère lui lança un regard très bref et rapide où elle-même fut incapable d’expliquer exactement ce qu’elle essayait de lui dire. Qu’elle était désolée ? Ou qu’elle n’avait pas intérêt à leur faire honte ? Dans tous les cas, Itsuko ne pouvait rien dire, aussi répondit-elle par un sourire égal en hochant faiblement la tête, laissant se dérouler ce repas ô combien formel sans commettre un seul geste maladroit, comme appris depuis sa naissance. Elle était dans un état presque second en mangeant, assez silencieuse, remerciant ses parents ou ses futurs beaux-parents lorsqu’ils amenèrent les premiers cadeaux que l’on offrait traditionnellement aux futurs mariés. Tout se déroula correctement, dans l’ensemble, personne ne pouvant soupçonner ce que la jeune femme pensait réellement. A part peut-être sa mère qui la connaissait mieux que quiconque… Là était sans doute la raison pour laquelle elle était plus distante, ces derniers jours.

Recevant successivement, à différents moments du repas, du saké, du vin, un éventail et du chanvre, Itsuko décomptait les cadeaux à mesure qu’on les leur apportait. Jusqu’à ce que ses parents leur offrent une boîte décorée de divers symboles et sculptées, Kento lâchant naturellement, tout à coup, le nombre d’enfants dépendra de l’argent, refusant d’en laisser la moitié mourir de faim s’ils n’étaient pas capables de subvenir à leurs besoins. Un silence gêné s’installa, Itsuko lançant un regard à ses parents, ressentant une furieuse envie intérieure de leur demander pourquoi, pourquoi ils la destinaient à une vie minable et médiocre dans une classe sociale inférieure alors qu’on faisait le contraire, habituellement. Et cette réponse ! Preuve était qu’ils avaient tort, non ? Elle resta sans bouger un moment, plus mal à l’aise que jamais, sa main droite serrée sur ses baguettes tandis que la discussion reprenait, peu à peu, sur des allures forcées. Elle continua à manger, se forçant à son tour sans rien dire pour relancer la conversation, ses parents s’en chargeant très bien seuls. Ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes qu’ils furent tous lancés dans un dialogue plus animé autour des complots et rumeurs qui faisaient débat en ville et dans les villages voisins, notamment à Kyoto. Voilà de quoi relancer la discussion pour une heure au moins… Seuls Kento et elle étaient plus silencieux, mangeant calmement tandis qu’il déposait la boîte avec l’algue à côté de lui.

Kento – Pourrais-je vous apprendre à lire et à écrire ? Et sinon, qu’est-ce qui vous ferait plaisir et que je puisse faire pour vous ?

Lui… apprendre à lire et écrire ? Itsuko ne put masquer son étonnement, s’excusant très vite de sa réaction en réalisant qu’elle avait légèrement écarquillé les yeux et entrouvert les lèvres sans répondre. Désolée, désolée, désolée ! Jamais elle n’aurait pensé que… qu’il… Rougissant et bénissant le maquillage de sa mère, la jeune femme essaya de se rattraper tant bien que mal, remerciant la discussion animée qu’avaient leurs parents tout en lançant un regard discret à sa mère qui avait tourné la tête vers elle. Tout allait bien, aucun problème, qu’elle ne s’inquiète pas. Elle revint vers Kento avec un sourire, lui assurant que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture lui semblait être une bonne idée pour apprendre à se connaître et commencer à tisser des liens. Il savait lire et écrire, adorait la peinture, s’était très vite repris face à l’annonce de leur mariage… Peut-être n’était-il pas si mal éduqué que cela, après tout ? Itsuko était rassurée, au fond, de ne pas tomber sur un rustre paysan avec qui partager le restant de ses jours, quitte à devoir régler un différend familial. Mais Kento avait l’air si… si… Il était dans la Lune depuis le début de ce repas, la jeune femme l’ayant pris pour un rêveur incapable de faire autre chose que des sculptures. Pourtant, ce qu’il avait dit au sujet des enfants était très terre-à-terre.

Itsuko – J’ignorais que vous étiez en mesure de lire et écrire. Puis-je vous demander où vous avez appris tout cela et d’où vous vient cet intérêt pour la peinture ?

Kento – Un moine m'a tout appris et m'a donné une éducation, un très grand ami... Il m'a montré la beauté des œuvres d'art, la peinture et la musique. Une personne très honorable, vous l'apprécierez sûrement.

Itsuko – S’il vous a tout appris, ce serait un honneur, pour moi, de le rencontrer.

Itsuko lui sourit, peinant toujours à se projeter et à accepter ce mariage aussi facilement que Kento. Même si les premières impressions étaient négatives, elle devait bien avouer qu’apprendre ces quelques éléments sur son futur époux la surprenait de plus en plus. Jamais elle n’aurait cru qu’il avait une éducation quelconque en dehors de celle plus rustre des artisans, il ne faisait qu’utiliser ses mains durant la journée et créer des choses moins utiles, plus décoratives. En tout cas, c’est le discours qu’elle entendait depuis des années, depuis toute petite en réalité. Et voilà qu’elle découvrait qu’il savait lire, qu’il avait appris l’art, la peinture et la musique avec un moine qui était devenu un de ses amis… Et il proposait de lui faire partager tout cela. Même si Itsuko restait distante, elle ne pouvait rester insensible à cela. Après tout, ils étaient dans le même bateau, autant faire un effort. Malgré la vie difficile qui l’attendait, les privations là où des parents essaient de trouver mieux pour leur enfant et non mieux pour eux seulement. Elle n’était qu’une monnaie d’échange, ce qui était la véritable raison de sa colère.

A nouveau, leurs parents semblèrent se souvenir de leur présence pour son plus grand malheur et vinrent avec deux autres présents qu’ils leur donnèrent. Sans surprise, Itsuko découvrit de la seiche déshydratée, symbole de longue durée pour le couple, tandis que Kento ouvrit le paquet avec la bonite, déshydratée également, symbole de longévité. Se sentant incroyablement critique ce soir, sans doute à cause de la colère et de l’incompréhension, la jeune femme trouva même à redire à propos de ces symboles, y voyant une répétition. Mais elle resta polie et souriante, remerciant leurs parents après Kento et déposant ces présents à côté des autres. La soirée était presque terminée, autant voir cela comme un point positif… Elle aurait tout le temps de parler plus tard, de se confier sur ce qui la dérangeait à… elle ne savait même pas qui, en réalité. Cela ne se faisait pas, on acceptait et on continuait sa vie, point final. Face à ses parents, Itsuko ne dirait rien, assurerait qu’elle comprenait ce choix et que c’était logique et prévisible. Que c’était la seule solution, qu’ils avaient bien fait. Pour autant, jamais sa mère ne la croirait… Elle la connaissait et était très proche de sa fille, comment ne verrait-elle pas la vérité ?

Sa mère se leva, à ce moment, et lui demanda de l’aide pour remplir les plats comme ils n’avaient pas l’habitude de tout mettre sur la table directement, ne serait-ce que pour laisser respirer leurs invités. Dans d’autres familles, Itsuko savait que tout était déposé immédiatement, que chacun se servait lorsqu’il le souhaitait et que tous restaient, ainsi, à table du début à la fin. Mais le repas était particulier, une soirée importante, aussi sa mère avait-elle voulu ménager cette technique pour parler à sa fille sans lui laisser le temps de se composer un visage impassible. Elle s’excusa auprès de Kento, laissant son père discuter avec leurs invités en tâchant de se dépêcher pour ne pas rester trop longtemps absentes. Elle ne quitta pas le masque qu’elle avait mis pour aujourd’hui, franchissant naturellement la porte de la cuisine pour aider sa mère, bien décidée à éviter toute question embarrassante.

Mère – Comment te sens-tu ? Dis-le-moi sincèrement, s’il te plaît.

Itsuko – Je vais très bien, dit-elle en prenant le plat que lui tendait sa mère. Kento est surprenant. Tout va bien.

Pour rassurer sa mère et éviter les paroles de réconfort, Itsuko sourit à sa mère avant de revenir dans la pièce où tous étaient installés, les parents de Kento et son père apparemment lancés dans une discussion très intéressante. Elle se sentait mal de ne pas avoir répondu en toute honnêteté à sa mère mais, ce soir, elle ne pouvait pas si elle souhaitait leur faire honneur. Elle se sentait trahie, abandonnée et ne comprenait pas cette réaction. Elle n’en voulait pas à sa mère, certainement pas, mais il était hors de question qu’elle parle maintenant. La soirée n’était pas terminée et elle devait montrer qu’elle ferait une bonne épouse, comme sa mère le lui avait appris depuis des années et des années. S’installant à nouveau à côté de Kento après avoir doucement déposé le plat de légumes, elle s’excusa pour l’attente pendant que sa mère faisait de même avec son propre plat, Itsuko continuant à manger.

Père – Si l’on abordait un sujet plus actuel, maintenant que nous sommes tous présents… Avez-vous une préférence pour la cérémonie de mariage ? Nous pourrions participer également pour célébrer cette union comme il se doit mais cela dépend si votre famille a aussi une préférence pour l’endroit, les invités et le prêtre.

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Kento Ogawa


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Lun 22 Jan 2018 - 18:07
Itsuko – J’ignorais que vous étiez en mesure de lire et écrire. Puis-je vous demander où vous avez appris tout cela et d’où vous vient cet intérêt pour la peinture ?

Kento – Un moine m'a tout appris et m'a donné une éducation, un très grand ami... Il m'a montré la beauté des œuvres d'art, la peinture et la musique. Une personne très honorable, vous l'apprécierez sûrement.

Itsuko – S’il vous a tout appris, ce serait un honneur, pour moi, de le rencontrer.

Le jeune homme parlait toujours de Kazuki-sama avec le plus immense des respects, que ce soit dans la posture, le ton de la voix ou tout simplement les paroles, la faon dont il l’évoquait. Il lui devait tellement de choses ! A commencer par l’éducation qu’il lui avait offerte, tout ce soutien qu’il avait pu lui donner, son écoute et sa patience, leurs longues discussions, cette initiation puis la découverte plus approfondie du monde des arts et des lettres. Le Nonce était incroyablement bourru et pouvait même paraître grossier ou abrupt, à certains, ce serait s’arrêter là aux apparences, car sous ces airs de pierre mal taillée se cachait le cœur d’un homme qui avait beaucoup à offrir. Itsuko devrait sans doute l’apprécier également, après avoir appris à le connaître, il avait beaucoup à dire et Kento aimait tout particulièrement lorsqu’il lui racontait les légendes, mythes et histoires liés aux Kamis. Il en rêvait encore lorsque deux autres cadeaux suivirent, ramenant à la réalité l’espace d’un instant. Très juste, ils étaient là pour conclure un arrangement de mariage, avant toute chose. Il remercia formellement pour ces présents, comme on le lui avait appris il y deux ou trois ans, avant de revenir presque aussitôt à ses rêveries.

S’évader de la réalité était devenu un réflexe, avec les années passées, il le faisait lorsqu’il était en plein travail ou lors de ses moments de repos. Il rêvait d’une vie où aucune catastrophe naturelle ne venait détruire leurs maisons, où les maladies ne venaient pas prendre en masse la vie des villageois, où aucun enfant ne mourrait de faim et où la guerre n’avait aucune raison d’être. Il rêvait d’un monde où avoir de l’Honneur n’était pas important seulement pour les Samouraïs mais pour la population toute entière, un monde plus juste, plus beau. Peut-être était-ce perdre son temps que de rêver ainsi, il n’en savait rien, simplement heureux lorsqu’il pouvait grappiller ces quelques instants de bonheur, au cours d’une dure journée. Les privations, la faim, les dures conditions de vie, les problèmes quotidiens, tout cela s’envolait pour quelques instants. Sa future femme et sa future belle-mère partirent quelques instants pour aller chercher les plats suivants, tandis qu’il se demandait à quoi allait ressembler la vie aux côtés d’une épouse. Comment rendait-on heureuse une femme ? Et que ressentait-on à l’arrivée d’un enfant ? Peut-être lui dira-t-elle ce qu’elle aimait, ce qu’elle détestait, la façon dont elle vivait.

Monsieur Masuda – Si l’on abordait un sujet plus actuel, maintenant que nous sommes tous présents… Avez-vous une préférence pour la cérémonie de mariage ? Nous pourrions participer également pour célébrer cette union comme il se doit mais cela dépend si votre famille a aussi une préférence pour l’endroit, les invités et le prêtre.

Père – J’ignore quelle est la façon de fêter un mariage dans une ville tel que la vôtre. Dans le village où nous vivons, la coutume est que chaque habitant cotise pour célébrer une grande fête et faire en sorte que les nouveaux époux puissent bien démarrer dans leur nouvelle vie. L’entraide est de mise, les mariages sont fêtés en communauté, au Temple, sous la direction de Kazuki-sama.

Selon l’air présentement affiché par ses bientôt-beaux-parents, Kento devinait que les mariages dans les grandes villes ne se passaient pas du tout de la même manière, ce que confirma monsieur Masuda la minute suivante. Il expliqua que par chez eux, les cérémonies se déroulaient dans la maison de la mariée et qu’elle était ensuite accompagnée dans la maison de son futur époux. Les voisins n’étaient invités que s’ils étaient en bons termes avec la famille, on invitait également les partenaires commerciaux et les proches habitant au loin. Les partenaires commerciaux ? Tiens, curieux. La discussion dériva sur l’organisation pure et simple, le père de la future semblait plus séduit par l’idée d’une grande fête en communauté, il était facile de deviner pourquoi. Afficher ainsi l’union de deux familles ennemies depuis plusieurs générations était un événement à marquer aussi fort que possible et ce genre de fête restera ainsi longtemps dans les mémoires. Il fut néanmoins très surprise lorsqu’il apprit que le village était presque entièrement construit sur l’eau, avec des maisons sur pilotis, des ponts et passerelles en bois, le tout surplombant la rivière. Il n’avait jamais dû s’y rendre, on trouvait tout ce qu’on voulait, à Kyoto.

Monsieur Masuda – Mais qu’en est-il du fleuve ? Lors de ses crues ?

Père – Le village est conçu de façon à ce que les crues de la rivière ne soient pas un problème. C’est plutôt un avantage pour les moulins.

C’était bien souvent la première chose qui surprenait, lorsqu’on venait pour la première fois à Hodukyo, cette construction sur la rivière. Difficile à concevoir pour des personnes extérieures à la vallée, évidente pour tous ceux et celles qui connaissaient la rivière Hozu et ses caprices, ainsi que les collines et les montagnes. Kento retourna la tête vers Itsuko, toujours avec cet air à la fois doux et rêveur.

Kento – Si vous le souhaitez, je pourrai vous montrer le village et les alentours avant toute autre chose. C’est un bel endroit, sans doute étrange pour une personne venant de la ville. En automne, tout devient rouge, âcre, orange et or, on se réveille chaque matin au milieu d’un tableau flamboyant.

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Ven 23 Fév 2018 - 19:45
Monsieur Ogawa – J’ignore quelle est la façon de fêter un mariage dans une ville tel que la vôtre. Dans le village où nous vivons, la coutume est que chaque habitant cotise pour célébrer une grande fête et faire en sorte que les nouveaux époux puissent bien démarrer dans leur nouvelle vie. L’entraide est de mise, les mariages sont fêtés en communauté, au Temple, sous la direction de Kazuki-sama.

Et voilà… Pourquoi Itsuko n’était-elle-même pas étonnée ? Elle mourait d’envie de dire à ses parents qu’elle leur avait bien dit que c’était une mauvaise idée mais n’en fit rien, attendant simplement une réaction de leur part, soudain bien plus attentive à la discussion. Son père prit enfin la parole, une fois l’étonnement passé, pour expliquer comment se déroulaient les mariages chez eux. Rien à voir, en effet, avec ce que vivaient les Ogawa dans leur village. Ses parents allaient perdre tout ce qu’ils recherchaient, le but premier du mariage de leur fille en agissant de la sorte, pour une simple querelle entre familles. Était-ce vraiment nécessaire… ? Ils ne pouvaient, réellement, pas revenir en arrière ? Après tout, avec trop de différences entre les familles, c’était possible de décider de se rétracter, même après une cérémonie… Enfin, peut-être. Bon, en réalité, Itsuko savait que cela ne se faisait pas, que ce n’était pas permis, tout simplement, mais son cœur l’emportait sur sa raison. Demain, elle réaliserait que la démarche du village des Ogawa était très noble et belle, témoignant d’une solidarité exceptionnelle, mais aujourd’hui…

Père – Mais qu’en est-il du fleuve ? Lors de ses crues ?

Monsieur Ogawa – Le village est conçu de façon à ce que les crues de la rivière ne soient pas un problème. C’est plutôt un avantage pour les moulins.

Itsuko laissa leurs parents, à Kento et elle, discuter du village et de leurs habitudes, aussi bien d’un côté que de l’autre. La rivière, les crues, les dangers… Des maisons construites sur pilotis. Elle essayait de s’imaginer vivre là-bas, dans des conditions plus dures à se demander chaque jour si elle ne finirait par noyée en sortant simplement de « chez elle ». Comment faisaient-ils quand l’un d’eux tombait à l’eau ? Ils le « repêchaient » au sens propre ? Et lorsqu’il pleuvait… Stop. Itsuko ne pouvait s’empêcher d’envisager le pire, de penser à tout ce qui n’irait pas bien et de se dire qu’une vie de privations et de douleur l’attendait, contrairement à ce que l’on espérait du mariage. Sa mère ne l’avait pas préparée à cela, même si elle n’allait rien dire et seulement accepter son sort. Elle ne savait rien faire d’autre que travailler à la ferme, qui plus est… Comment allait-elle faire, maintenant ? Tout ce que ses parents lui avaient enseigné n’allaient plus servir à rien ? Son père pouvait bien être étonné de tout ce qu’il entendait, rien ne semblait affecter sa décision. Quant à Kento… Il était désespérément calme, ne quittant jamais son air rêveur comme si tout ce qui se passait ici ne l’atteignait pas le moins du monde.

Kento – Si vous le souhaitez, je pourrai vous montrer le village et les alentours avant toute autre chose. C’est un bel endroit, sans doute étrange pour une personne venant de la ville. En automne, tout devient rouge, âcre, orange et or, on se réveille chaque matin au milieu d’un tableau flamboyant.

Itsuko – Oh, merci…, dit-elle en tâchant de se montrer polie. Mais… Ne vous sentez pas obligé de faire cela pour moi, je pourrai m’habituer au fur et à mesure que… les années passeront. Je ne souhaite pas vous causer le moindre dérangement mais, si vous y tenez, je peux peut-être en faire autant pour vous par la suite ? Je ne connais pas… toutes ces choses, comme vous, je suis beaucoup plus dans les champs ou à la vente. Je dois avouer que l’art et l’écriture ne sont pas des domaines que j’ai l’habitude de côtoyer.

Itsuko lui fit un sourire gêné, continuant à manger, se sentant un peu idiote en avouant cela alors que ce sujet semblait lui tenir particulièrement à cœur. Elle le trouvait incroyablement rêveur et… lointain, toujours, comme s’il n’était pas physiquement présent avec eux, dans cette pièce, tant que l’on ne lui parlait pas. Ce qui était perturbant pour la jeune femme qui essayait, constamment, de tout écouter et tout suivre en permanence pour ne pas manquer d’indications de la part de ses parents. Il y avait des délais importants à respecter, d’autant plus maintenant avec la famine, et traîner ou rêvasser n’était pas permis. En tout cas, pas au même point que Kento… Était-il comme cela tous les jours ? Que faisait-il, précisément, en quoi consistait son travail ? Son père avait vanté ses mérites et capacités, certes, mais les parents étaient toujours influencés par leurs enfants. Enfin, par la volonté de les montrer positivement, comme s’il n’existait pas meilleur qu’eux tout en restant humble sans créer des capacités qu’ils ne possédaient pas. D’ailleurs… Que ferait-elle puisqu’elle n’avait pas appris la même chose que lui ? Les épouses suivaient leurs époux, c’était logique et parfaitement normal, mais il était très rare qu’une femme ne change de classe sociale à cause de leur époux.

Itsuko – Vous parlez beaucoup des couleurs et des ressentis… C’est important pour vous, j’imagine ? De ce qui est décrit depuis le début du repas, j’ai l’impression que la vie en dehors de la ville est bien différente. Puis-je vous demander à quoi ressemble votre quotidien ? J’ignore comment je pourrai vous aider en attendant d’apprendre, vivre en tenant compte des crues sera nouveau, pour moi, même si nous composons avec la Nature et devons nous adapter à elle pour travailler. Pouvez-vous sortir à votre guise si les montagnes sont si proches et si l’eau de la rivière monte au point de vous bloquer tout passage ?

Pour être honnête, Itsuko peinait à imaginer le rythme de vie qu’il devait mener, si c’était à cause des caprices de la Nature qu’il était devenu aussi rêveur, qu’il devait passer le temps. Que faisait-il lorsqu’il pleuvait, lorsque la météo l’empêchait de poursuivre ses activités quotidiennes ? Eux-mêmes continuaient à travailler par tous les temps mais certaines périodes les en empêchaient. Le rythme de leur vie s’adaptait mais jamais ils ne s’arrêtaient, contrairement aux personnes vivant sur la rivière – cette simple idée était très étrange… - qui pouvaient être bloqués rapidement.

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Jeu 22 Mar 2018 - 12:23
Mademoiselle Masuda – Oh, merci… Mais… Ne vous sentez pas obligé de faire cela pour moi, je pourrai m’habituer au fur et à mesure que… les années passeront. Je ne souhaite pas vous causer le moindre dérangement mais, si vous y tenez, je peux peut-être en faire autant pour vous par la suite ? Je ne connais pas… toutes ces choses, comme vous, je suis beaucoup plus dans les champs ou à la vente. Je dois avouer que l’art et l’écriture ne sont pas des domaines que j’ai l’habitude de côtoyer.

Kento – Si vous le désirez.

Il avait remarqué au passage que son père et futur beau-père avaient tous deux affiché un sourire satisfait au même instant, simple coïncidence mais qui lui fit hausser un sourcil. Ils devaient voir d’un bon œil que le couple qu’ils avaient tissé par arrangement mutuel, pour une vieille querelle, discutait sereinement ensemble.C’était bien ainsi que ça devait se passer, n’est-ce pas ? Il l’ignorait, comme il n’avait pas assisté aux repas de présentations de ses frères et sœurs aînés. L’avenir était tout à coup très étrange à déterminer… Il n’avait jamais réellement réfléchi à ce que sera sa vie lorsqu’il sera marié, voire père de famille à son tour, lorsqu’il quittera la maison familiale pour s’installer ailleurs avec son épouse. Et pourtant, il y avait de quoi y penser. Kazuki-sama l’incitait à donner des cours au centre de formation des apprentis, pour apprendre aux jeunes à lire ou écrire. Il est vrai que cela lui ferait un complément de salaire important, en plus d’une reconnaissance dans le village. S’il devait se marier, il devait y songer sérieusement, ainsi, il ferait vivre sa femme dignement, tout comme leurs enfants. Très bien, il devra aller déposer sa candidature puis parler des conditions, car il ne voulait pas abandonner son travail pour ne se consacrer qu’au centre.

Mademoiselle Masuda – Vous parlez beaucoup des couleurs et des ressentis… C’est important pour vous, j’imagine ? De ce qui est décrit depuis le début du repas, j’ai l’impression que la vie en dehors de la ville est bien différente. Puis-je vous demander à quoi ressemble votre quotidien ? J’ignore comment je pourrai vous aider en attendant d’apprendre, vivre en tenant compte des crues sera nouveau, pour moi, même si nous composons avec la Nature et devons nous adapter à elle pour travailler. Pouvez-vous sortir à votre guise si les montagnes sont si proches et si l’eau de la rivière monte au point de vous bloquer tout passage ?

Kento – Nous ne sommes jamais bloqués par la rivière, au contraire, répondit-il d’un ton rêveur. Elle nous permet de voyager facilement, elle nous nourrit et nous protège, elle gorge les rizières et purifie la terre. Tout le monde sait nager et naviguer.

Les enfants apprenaient à nager avant même de savoir marcher, bien souvent, c’était indispensable tant la rivière était l’élément central de leur existence, pour toutes les classes sociales et personnes vivant dans les gorges. Il expliqua à la demoiselle comment chaque personne apprenait à vivre au rythme de la rivière, de ses crues et décrues, la pêche qu’on y faisait, les voyages, les enfants qui jouaient dedans lors des beaux jours. Les lavoirs étaient installés sur les rives depuis des générations et les femmes s’y retrouvaient pour laver le linge et bavarder, parfois accompagnés des enfants lorsqu’ils étaient trop jeunes pour avoir débuté un apprentissage. Il prit soin de décrire à la jeune femme l’importance qu’avait la rivière pour tout le monde, les riches comme les pauvres, le rôle central qu’elle pouvait jouer, glissant au passage que de nombreuses légendes et histoires y étaient attachées. Il lui expliqua qu’ils ne se contentaient pas de composer avec la Nature et de s’y adapter, dans leur quotidien, ça allait au-delà de ça. Leur environnement prenait une place vitale dans leurs existences, la rivière, les montagnes et les forêts étaient autant respectés que leur seigneur, voire plus.

Kento – Il y a des jours où je ne me consacre qu’à la fabrication, d’autres jours où je vends ce que je produis. Certains jours sont dédiés aux grandes fêtes ou offices. Shinkō est le quartier des artisans du bois et des petits objets. La vie en communauté est très poussée, comme une… une immense famille. Surtout ces derniers temps, avec la famine, les tremblements de terre. Les artisans les plus riches du quartier ont pris chez eux, pour un temps, les enfants des familles qui ne peuvent plus les nourrir.

Le ton était à la fois triste et reconnaissant, deux de ses plus jeunes sœurs avaient ainsi été prises en charge par un bienfaiteur, qui n’avait plus d’enfants depuis que ses fils avaient été emportés par la maladie. Ils leur en étaient extrêmement reconnaissant.

Kento – Ima-senseï travaille actuellement à rebâtir un hôpital, dont les soins seraient accessibles à tous, avec l’aide de sa fille. Comment cela se passe, ici, les femmes accouchent chez elles ?

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Ven 13 Avr 2018 - 16:55
Kento – Nous ne sommes jamais bloqués par la rivière, au contraire, répondit-il d’un ton rêveur. Elle nous permet de voyager facilement, elle nous nourrit et nous protège, elle gorge les rizières et purifie la terre. Tout le monde sait nager et naviguer.

Nager et naviguer… ? Itsuko se retint de lancer un regard désespéré à ses parents, ne comprenant définitivement pas pourquoi ils lui infligeaient une telle vie. Elle n’avait jamais grandi près de l’eau, n’y connaissait rien, ne savait même pas nager ! Elle l’utilisait, oui, évidemment, mais de là à se jeter dedans à corps perdu… Non. L’idée de se noyer était déjà suffisamment terrifiante pour éloigner l’envie de plonger dans le fleuve. La jeune femme écouta Kento lui expliquer comment chacun apprenait à vivre au rythme de la rivière, les pêches, les voyages, les jeux des enfants lorsqu’il faisait beau… Tout cela donnait un beau tableau de son environnement, de sa petite vie tranquille, oui, mais toute cette eau et ces changements. C’était vraiment positif et aussi simple que cela… ? Les femmes utilisaient des lavoirs installés au bord du fleuve, bavardant entre elles avec leurs enfants trop jeunes, comme si c’était naturel et parfaitement normal.

Itsuko essayait d’imaginer les femmes sur les bords des rives, à nettoyer leur linge, les enfants occupés à jouer entre eux au bord de l’eau, indifféremment par rapport aux crues ou décrues du fleuve. Comme venait de le dire Kento, ils composaient avec la Nature, allant plus loin qu’eux qui priaient chaque jour pour qu’elle soit clémente, surtout ces derniers temps. Avec la famine, ils avaient beaucoup plus de pression sans pouvoir y changer quoi que ce soit, cultivant encore et encore sans que la nourriture ne reste malgré tout. C’était désespérant, cela irritait considérablement son père, et elle le voyait bien, mais ils étaient obligés de faire avec les moyens dont ils disposaient. La famille Ogawa avait l’air plus… en paix avec la Nature, sans doute à cause du fleuve. Mais comment faisaient-ils sans nourriture, cela ne les touchait pas ? Jamais ? Ils devaient bien manger ! Et ce calme…

Kento – Il y a des jours où je ne me consacre qu’à la fabrication, d’autres jours où je vends ce que je produis. Certains jours sont dédiés aux grandes fêtes ou offices. Shinkō est le quartier des artisans du bois et des petits objets. La vie en communauté est très poussée, comme une… une immense famille. Surtout ces derniers temps, avec la famine, les tremblements de terre. Les artisans les plus riches du quartier ont pris chez eux, pour un temps, les enfants des familles qui ne peuvent plus les nourrir.

Oh mais… Et il n’y avait aucune tension ? Itsuko faillit dire qu’elle était désolée de voir ainsi des enfants être privés de leurs parents mais, si cela leur permettait de rester en vie malgré la famine… Elle ne trouva rien à répondre tout de suite, surtout choquée que de telles ententes soient possibles. Ils ne s’inquiétaient pas de savoir si tout allait bien ? Et comment faisaient-ils pour former les enfants, pour les voir quotidiennement tout en travaillant, pour entretenir le lien et les traditions familiales ? Ce n’était pas un petit village, pourtant. Si ? Les tremblements de terre avaient grandement touché certaines familles, certains quartiers, mais de là à voir une telle entraide entre les uns et les autres…

Kento – Ima-senseï travaille actuellement à rebâtir un hôpital, dont les soins seraient accessibles à tous, avec l’aide de sa fille. Comment cela se passe, ici, les femmes accouchent chez elles ?

Itsuko – Heu, non, c’est plus… difficile et peut-être plus dangereux pour le bébé. Certaines familles le font mais, pour l’instant, cela reste très difficile. Il n’y a pas beaucoup de temps avec le travail, nous sommes aux champs ou à vendre et transporter les récoltes très souvent. Et c’est plus sûr à l’hôpital, nous sommes entourées là-bas, dit-elle en répétant ce que sa propre mère lui avait appris un jour.

Accoucher chez elle… C’était possible ? Mais et le mari, s’il n’était pas là, comment l’épouse devait-elle faire toute seule ? Ils faisaient venir des sages-femmes et toutes les personnes qu’il fallait sur place ? Ou c’était la famille elle-même qui s’en occupait ? Itsuko avait des centaines de questions à poser, très honnêtement, mais cela ne se faisait pas, surtout à ce sujet. Et puis, ce n’était pas pour tout de suite, ils devaient d’abord se… marier. Itsuko essaya d’expliquer leur vision de l’accouchement et de la grossesse à Kento, lui parlant du rôle de la mère lors de la grossesse et après l’accouchement, bien que le mari reste davantage présent avant la naissance. Du reste, la future mère continuait à travailler autant que possible mais s’arrêtait lorsque son ventre ne lui permettait plus de faire les mêmes mouvements, restant alors en retrait pour s’occuper des échanges avec les autres.

Leurs parents leur jetaient de fréquents coups d’œil, apparemment satisfaits de les voir discuter ensemble même si, au fond, ce n’était que pour se convaincre de la « bonne idée » qu’ils avaient eue. Itsuko, elle, tâchait de rester humble, évitant le regard de sa mère qui semblait peser de plus en plus lourd sur elle. Peut-être qu’habiter loin de ses parents serait préférable, dans un premier temps, surtout pour digérer la « nouvelle » et s’habituer à cette vie au bord du fleuve, à voir des enfants nager tout le temps, à vivre avec les crues sans être déstabilisée. Ce n’était que le temps d’une soirée, ensuite, elle pourrait arrêter de faire semblant. Kento ne semblait pas méchant, loin de là, mais son côté perpétuellement dans la lune, ailleurs, l’irritait plus que jamais en cet instant précis. Très honnêtement, elle se demandait ce qui pouvait l’énerver, l’inquiéter ou le choquer… D’un naturel plus vive, plus active aussi, ce comportement lui paraissait hallucinant.

Père – Combien de temps vous faut-il, de votre côté, pour organiser votre partie ?

Monsieur Ogawa – Deux ou trois jours, nous disposons d’une caisse locale dédiée aux mariages.

Qu… Pardon ? Deux ou trois jours ? Itsuko pâlit en même temps que son père se réjouissait, pensant sûrement déjà aux conséquences positives de ce mariage dans le village de la famille avec laquelle ils entretenaient une dispute importante depuis des années. Ils abordaient déjà les conditions, le père de Kento vantant la solidarité de leur village et de la grande famille qu’ils étaient, de leurs liens, de tout ce qu’ils partageaient. En fin de compte, il fallait plus de temps pour organiser réellement la cérémonie que pour prévenir tout le monde, contrairement à leurs propres délais puisque les partenaires commerciaux étaient parfois plus éloignés. Tout avait l’air de se savoir très vite, les nouvelles têtes étaient vites repérées, par conséquent, sans oublier les changements d’habitudes qu’elle allait devoir vite intégrer. Il ne lui restait plus que deux ou trois jours, maximum quatre puisque ses parents pourraient prévenir leurs partenaires et toutes les personnes nécessaires assez vite, la « charge » de préparation du mariage étant partagée.

Itsuko lança un regard à Kento, pensant qu’il serait aussi choqué qu’elle, pour tomber sur un air… éternellement rêveur, parfaitement calme, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Evidemment, lui ne changeait pas d’environnement, conservait ses amis, sa famille, tout, même son rang social et son quartier là où la jeune femme devait tout assimiler en l’espace de trois jours seulement. Elle pensait avoir plus de temps ! Surtout en entendant Kento parler… Il lui avait proposé de visiter un peu la ville, avant, quand comptait-il la faire exactement ? Avait-il en tête que les événements se dérouleraient aussi vite ? Comment faisait-il pour prendre les choses aussi sereinement, comme s’il ne se passait rien, comme si tout était normal ? En soi, oui, c’était parfaitement normal… Mais cette méthode, cette manière de l’annoncer et de tout organiser, Itsuko avait du mal à le digérer. Elle avait perdu tout appétit, tout à coup, prenant une gorgée d’eau pour essayer de se reprendre et de récupérer quelques couleurs.

Itsuko – Est-ce que… ce n’est pas trop étouffant, de vivre en connaissant absolument tout le monde dans le village ? Est-ce que tout le monde assiste au mariage, si vous êtes aussi proches les uns des autres ? J’ai du mal à imaginer ce que peut être une vie en étant aussi entouré, à vrai dire, et je crains de perturber cette solidarité en venant. Je dois peut-être éviter certains gestes ou certaines paroles ? Les mariages prennent plus de temps à organiser de notre côté, d’habitude, ce qui laisse le temps à la femme de s’habituer et de tout apprendre.

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Kento Ogawa


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Lun 7 Mai 2018 - 15:54
Mademoiselle Masuda – Heu, non, c’est plus… difficile et peut-être plus dangereux pour le bébé. Certaines familles le font mais, pour l’instant, cela reste très difficile. Il n’y a pas beaucoup de temps avec le travail, nous sommes aux champs ou à vendre et transporter les récoltes très souvent. Et c’est plus sûr à l’hôpital, nous sommes entourées là-bas.

Oui, il imaginait bien, même s’ils ne partageaient pas la même vision sur bien des sujets, notamment, cette fois, sur la grossesse et le rôle des femmes. Curieux, comme dans un même pays, et si peu de distance entre cette ville et le village des artisans, il y avait de si grandes disparités dans les façons de penser et manières de vivre… Kento écouta sa future femme lui expliquer comment ils concevaient la grossesse puis l’accouchement, un perpétuel air rêveur et lointain sur le visage, tandis qu’il se perdait en même temps dans des visions de ce que cela devait être. Il voyait, comme si elles se trouvaient devant elles, des femmes se relevant de leurs couches dans un hôpital, en pleine ville, avec les époux venant prendre pour la première fois leur nouvel enfant dans les bras. Une nouvelle naissance était, bien sûr, perçue drastiquement différemment lorsque la famille était sûre de pouvoir élever et nourrir ce nouvel arrivé sur Terre, a contrario, une famille pauvre y verra une nouvelle bouche à nourrir alors qu’elle n’a pas forcément les moyens. Il voulait des enfants, oui, mais pas trop, ça dépendra comment ils pourront les éduquer. Il aimerait beaucoup avoir une petite fille. Pour la voir sourire, s’épanouir, jouer avec elle, lui apprendre à lire, lui enseigner le chant des oiseaux et le nom des arbres, lui raconter des histoires le soir avant qu’elle ne s’endorme, pour que ses rêves soient remplis de jolies choses. Lui tenir la main pour lui apprendre à marcher et à nager, puis un beau jour, être si fier d’elle lorsqu’elle entrera à son tour dans l’âge adulte et trouvera l’homme avec qui elle construira sa vie.

Monsieur Masuda – Combien de temps vous faut-il, de votre côté, pour organiser votre partie ?

Père – Deux ou trois jours, nous disposons d’une caisse locale dédiée aux mariages.

Peut-être seront-ils grands-parents, un jour. Ils pourront voir leur descendance s’éveiller à son tour à la vie et à ce qu’il y avait de beau. Oh, bien sûr, la vie n’était ni rose si facile, il y avait la famine, les catastrophes naturelles, les maladies, les accidents, les séparations et tant d’autres choses qui la rendaient parfois atrocement douloureuse. Mais à côté de cela, il y avait aussi la solidarité, l’amour familial, le travail qu’on aimait, la nature qui avait tant à offrir, la musique et les arts, la peinture, les amitiés. Cela valait le coup. Sincèrement. Il sourit rêveusement, tout en continuant à manger, convaincu que oui, ça en valait la peine. Toutes les privations du monde, à ses yeux, ne pouvaient pas entacher ou réduire le bonheur qu’on pouvait trouver auprès de ses proches ou quand on exerçait un travail qu’on aimait. Le sourire d’un enfant était à lui seul un rayon de soleil dans une longue nuit d’hiver. Il y avait également ces matins, où juste après le réveil, on méditait quelques minutes au bord de l’eau, chassant les songes et les tracas pour se concentrer sur une toute nouvelle journée.

Mademoiselle Masuda – Est-ce que… ce n’est pas trop étouffant, de vivre en connaissant absolument tout le monde dans le village ? Est-ce que tout le monde assiste au mariage, si vous êtes aussi proches les uns des autres ? J’ai du mal à imaginer ce que peut être une vie en étant aussi entouré, à vrai dire, et je crains de perturber cette solidarité en venant. Je dois peut-être éviter certains gestes ou certaines paroles ? Les mariages prennent plus de temps à organiser de notre côté, d’habitude, ce qui laisse le temps à la femme de s’habituer et de tout apprendre.

Étouffant ? Perturber quoi ? Il sourcilla un peu, passant d’un air rêveur à un air perplexe, comme s’il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire. En fait, c’était bien le cas, il ne comprenait réellement pas en quoi vivre dans un village, plutôt qu’une ville, était étouffant. Par ailleurs, que voulait-elle apprendre ? S’habituer à quoi ? Elle fera toujours la même chose. Travailler, manger, dormir, discuter avec d’autres personnes, il n’y avait rien à apprendre. Il commença donc par dire qu’il ne comprenait pas vraiment ec qu’elle voulait dire par « tout apprendre », car après tout, la vie restait la même, tout comme les besoins et les aspirations. Il ajouta qu’il ne comprenait pas non plus pourquoi il serait plus étouffant de vivre dans un village au lieu d’une ville. Il regarda aussi autour de lui, cherchant s’il existait ici des différences majeures avec ce qu’ils trouvaient chez eux. Mis à part la décoration, et le fait que c’était bien plus grand et confortable, il ne voyait pas vraiment. Kento n’avait pas non plus la moindre idée de s’il existait des paroles ou gestes « à éviter », cette question ne lui avait jamais traversé l’esprit. Chez lui, il parlait comme ça lui venait, en dehors aussi, et comme tout le monde a sa connaissance.

Kento – Il n’y a rien de particulier à apprendre, je ne comprend pas ce que vous voulez dire. Ici ou ailleurs, vos besoins seront les mêmes. Et les nouveaux besoins dont a besoin une femme après la naissance d’un enfant sont aussi similaires dans tout le pays.

Il fut arrêté dans le fil de ses réflexions lorsque les derniers cadeaux ponctuant le repas leur furent remis. Sa mère semblait très heureuse et émue, il lui rendit donc un sourire tout aussi doux. Si son père était très pragmatique, parfois même très dur et sévère, sa mère, elle, lui avait offert en héritage ce caractère infiniment doux et patient, sensible aux arts, à la peinture et la musique. De profils, lorsqu’ils souriaient ainsi, ils se ressemblaient d’une façon particulièrement frappante. Kento ferma un petit instant les yeux lorsqu’elle l’embrassa sur le front, une main passée derrière sa nuque, très touché car il était rare qu’elle se laisse aller en public à ce genre de marque d’affection. La situation devait beaucoup l’émouvoir, comme lors des mariages de ses frères aînés. Il revint ensuite sa place initiale, après que sa mère lui ait posé une main sur la joue en murmurant qu’elle était fière de lui. L’amour d’une mère était sans aucun doute la plus belle chose que vous puissiez avoir dans votre vie, des moments comme celui-ci étaient des petites perles précieuses qu’il veillait à conserver dans un coin de sa mémoire.

Monsieur Masuda – Souhaitez-vous du thé ?

Le jeune homme mit presque une minute avant de réaliser que la question s’adressait aussi à lui, pas seulement à ses parents et à mademoiselle Masuda. Il répondit avec un léger temps de retard, alors que sa mère étouffait un sourire.

Kento – Si vous le souhaitez, demain matin, je pourrai vous montrer les lieux, mademoiselle.

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Itsuko Masuda


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Ven 1 Juin 2018 - 23:25
Kento ne comprenait pas ce qu’Itsuko voulait dire, n’ayant visiblement pas les mêmes préoccupations qu’elle. Ce qui n’était pas très étonnant, en soi… Certes, ses besoins seraient les mêmes qu’ici, à peu de choses près, mais le milieu changeait énormément. Elle ne devrait pas tout apprendre, selon lui, et la vie en village n’était pas étouffante. Mais lui avait grandi là-dedans ! Il avait même grandi dans des conditions plus difficiles, travaillait différemment, se privait… Sa vie était rythmée par son travail artisanal, il devait rester enfermé des heures dans un genre d’atelier avant d’aller vendre ce qu’il fabriquait. Elle, par contre, bougeait très souvent, ne passait que très peu de temps chez eux à l’inverse de lui et avait l’habitude du grand air… Retenant un soupir, elle se concentra sur son assiette et la conversation tandis que Kento regardait autour de lui sans qu’elle ne comprenne cet intérêt soudain pour l’intérieur de la maison. Il avait déjà vu cette pièce, en plus… Se réveillait-il tout à coup pour constater la situation actuelle et leur mariage proche ? Il paraissait si loin d’eux, d’elle, comme dans un perpétuel rêve qui n’en finissait pas.

Kento – Il n’y a rien de particulier à apprendre, je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Ici ou ailleurs, vos besoins seront les mêmes. Et les nouveaux besoins dont a besoin une femme après la naissance d’un enfant sont aussi similaires dans tout le pays.

Pensées très terre à terre malgré son tempérament de rêveur, Itsuko était bien forcée de l’admettre. Elle éprouvait des difficultés à le cerner, à suivre les pensées de son futur époux par rapport à certaines de ses paroles. Bon, ils ne s’étaient rencontrés que depuis une heure, deux tout au plus même si ce repas semblait durer depuis une éternité intérieurement. Il lui fallait quelques jours seulement pour digérer toute cette histoire, même si la jeune femme comprenait la réaction de ses parents si elle s’efforçait de rester objective. Cependant, ses réflexions et leur discussion furent interrompues par la remise des derniers présents de ce repas à l’occasion du mariage.

Respectant ce moment d’intimité entre Kento et sa mère, elle baissa les yeux poliment pour ne pas les déranger, ne pouvant s’empêcher de remarquer une ressemblance flagrante entre eux deux. Tant par le caractère que par la ressemblance physique, dans leur regard… Ils semblaient tous deux très doux et posés, comme s’ils étaient dans une bulle qui les isolaient du monde extérieur. Ce n’est que lorsque sa mère revint à sa place pour s’asseoir qu’elle releva la tête, interceptant le regard ému qui ne les avait pas encore quittés.

Père – Souhaitez-vous du thé ?

Itsuko hocha la tête, remerciant son père lorsqu’il leur servit le thé à tous, toujours partagée entre plusieurs sentiments. Elle observait Kento d’un œil discret, essayant de trouver des points positifs chez lui, des éléments qui pourraient compenser cet arrangement purement professionnel. Ce n’était pas comme cela qu’elle voyait son mariage et sa vie, loin de là. Et Kento était si… rêveur. Loin d’eux, si peu terre-à-terre avec des pointes de réalisme effrayant par moments. Bon, après tout, il semblait gentil et aimable, très loin des disputes de leurs familles… Non ? Ou alors agissait-il ainsi uniquement parce qu’ils étaient au repas officiel, que c’était la première rencontre et qu’il y avait toujours une barrière. Ils discutaient, oui, mais le contexte les y poussait également. Une fois seuls… Itsuko but une gorgée de thé, y trempant légèrement ses lèvres avant de savourer la douce chaleur que cette gorgée procurait.

Kento – Si vous le souhaitez, demain matin, je pourrai vous montrer les lieux, mademoiselle.

Dès… Dès demain matin ? Itsuko posa son regard sur son futur époux, hochant la tête sans vraiment réfléchir en ajoutant que ce serait avec plaisir qu’elle viendrait alors que son père et sa mère approuvaient en silence ce choix. Nul doute qu’un refus aurait mis à mal cette entente et que la jeune femme aurait fait honte à sa famille en agissant de cette manière. Qu’ils ne s’inquiètent pas, elle n’allait pas bafouer leur honneur, puisque ce mariage et Kento était leur choix, elle l’acceptait. Il était très jeune et ne devait pas connaître grand-chose à la vie en général, ne pourrait peut-être même pas la protéger si nécessaire, mais puisque cela permettrait à leurs parents de mettre fin à cette querelle… Une entente cordiale entre deux familles, comme durant ce repas, une paix signée avec ce mariage et un conflit de très longue date réglé. Cet acte arrangerait bien plus que leurs propres affaires, leur réputation à tous s’améliorerait et leurs parents avaient tout à y gagner. Ce n’était, au fond, qu’une histoire de politique familiale…

Le reste du repas se déroula sans heurts, tout se passa très bien et il fut bientôt temps, pour les Ogawa, de rentrer chez eux. Les présents étant tous donnés, les derniers détails et prochaines visites prévues pour le mariage fixés, ils prirent congé en ayant de longs jours de travail devant eux. Quant à Kento et elle, ils devaient se retrouver demain matin, assez tôt pour pouvoir profiter efficacement de cette matinée, voire journée d’après leurs parents, afin de tisser des liens. C’était, du moins, ce qu’ils espéraient en ayant incité une journée plus longue sans que leur absence ne représente une perte de main d’œuvre trop importante. Pour faire un pas de leur côté aussi, c’était Itsuko qui ferait le déplacement avec, Atsuyo, un de ses cousins pour traverser le fleuve comme il s’agirait d’une première pour elle. Ils ne lui avaient pas demandé mais savaient déjà qu’il ne refuserait pas, laisser une femme voyager seule était dangereux, à leurs yeux, surtout aussi près du jour de son mariage.

Mais, malgré cet accompagnement, Itsuko ne parvint pas à dormir correctement une fois la nuit venue. Elle était allée se coucher assez tôt, sitôt les parents de Kento repartis, n’ayant pas le cœur à parler et prétextant avoir des exercices à faire après cette longue soirée. La perspective de devoir traverser le fleuve l’effrayait, la terrorisait, même, sans oublier tous ces changements si brusques et inattendus, tous ces secrets révélés sans que ses parents n’en laissent échapper mot jusqu’au repas et la rencontre avec les Ogawa. Imaginer la famille ennemie chez soi et devoir se marier avec le fils de ladite famille… Jamais Itsuko n’aurait pu le faire. C’est pourquoi, dès l’apparition des premiers rayons du soleil, la jeune paysanne était déjà prête, habillée, et avait préparé le petit-déjeuner en se levant bien avant ses parents, pour une fois. D’ordinaire, elle se levait tôt mais son père était très souvent le premier. Elle mangea en silence, l’angoisse lui tordant l’estomac et lui nouant la gorge jusqu’à ce que de faibles coups retentissent sur la porte d’entrée. Atsuyo.

Père – Merci de l’accompagner jusque là-bas, une telle traversée sera la première et je préfère la savoir en sécurité. Tu as toute ma confiance.

De loin, Itsuko entendit son père l’appeler, la tirant de sa torpeur momentanée alors qu’elle se levait pour aller rejoindre son cousin devant la maison. Toujours silencieuse, elle le salua sans parvenir à y mettre son entrain habituel mais il ne le souleva pas, ayant toujours été assez proche d’elle. Merci, ce n’était vraiment pas le moment. Ils se mirent donc en route, traversant les petites rues et regagnant le centre de la ville, Atsuyo restant près d’elle en abordant divers sujets plus banals les uns que les autres pour essayer de lui changer les idées. Elle ignorait s’il savait la cause de ce malaise mais cela lui importait peu tant l’eau, pourtant si positive et rassurante, source de vie essentielle, l’effrayait en cet instant précis. Petit à petit, les différents commerçants et paysans ouvraient leurs échoppes et se mettaient à travailler, on entendait le bruit des outils, des ordres lancés à la volée, on sentait de bonnes odeurs de produits frais bien qu’en trop maigres quantités à l’heure actuelle… Ces bruits, odeurs et images familiers redonnèrent un peu de baume au cœur à Itsuko qui put faire la conversation avec Atsuyo d’une meilleure manière.

Mais, arrivés près du quai où était amarré le bateau devant les amener jusqu’au lointain village de Kento, la jeune femme ne put s’empêcher de ralentir considérablement sa marche, plus pâle et prise de nausées qu’elle dissimula par la force de l’habitude. Son cousin avait compris immédiatement, lui assurant qu’il allait rester à ses côtés jusqu’à ce que Kento soit là, rien ne pouvait leur arriver, ces bateaux faisaient le trajet tous les jours sans problème. Itsuko le gratifia d’un sourire, incapable de prononcer un seul mot cependant, de plus en plus pâle tandis que le bateau trop peu solide à son goût quittait la rive sitôt les passagers montés pour le trajet. Un trajet interminable, mettant les nerfs d’Itsuko à vif à tel point qu’Atsuyo s’inquiéta vraiment de son état, ne pensant lui-même plus du tout au fait qu’ils étaient sur l’eau. A ses yeux, elle pouvait le voir, ce n’était pourtant qu’un peu d’eau, rien de bien dangereux, et ils pouvaient nager si, d’aventure, il y avait un problème – ce qu’il lui dit au bout d’un moment. Mais sa cousine ne parvint pas à se détendre, ne desserrant les dents qu’une fois arrivés de l’autre côté, Kento les attendant déjà et lui ôtant curieusement un poids considérable de la poitrine. Elle descendit aussi vite qu’elle le put et que lui permettait la décence, Atsuyo sur ses talons qui le salua poliment une fois arrivé près de lui.

Atsuyo – Je me nomme Atsuyo et je suis le cousin dont d’Itsuko, je l’ai escortée jusqu’ici comme elle n’avait jamais pris le bateau auparavant. Je pourrai faire le trajet inverse si vous le souhaitez pour la ramener et si vous avez une idée du temps que prendra la visite de votre village.

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Sam 2 Juin 2018 - 15:23
La jeune femme accepta sans vraiment hésiter, Kento ne sachant pas vraiment si ce n’était que par politesse ou parce qu’elle avait vraiment envie de découvrir le village où elle allait vivre par la suite. Une question qu’il ne posa pas, néanmoins, pour ne pas la mettre mal à l’aise ou gêner leurs familles respectives. A la place, il lui adressa un sourire, puis remercia ses futurs beaux-parents lorsqu’ils préparèrent le thé. Ils convinrent de l’endroit où se retrouver, le lendemain, à un des embarcadères du quartier Kawa. Il viendra à sa rencontre, pour lui faire visiter les lieux et passer un peu de temps ensemble, sans être « surveillés » par leurs familles ou contraints par les convenances et tout ce qui s’ensuit. Suite à cette fin de repas, ses parents et lui prirent congé, quittant la maison pour retourner dans les rues toujours animées de la ville. Au petit port, une des dernières péniches allait partir, emmenant bon nombre de leurs connaissances pour rentrer dans les différents villages. Kento sauta dans le bateau avec l’aisance que donne l’habitude puis s’assit dans un coin, vite rejoint par ses parents, puis les autres passagers. Malgré la nuit tombée, le capitaine de la péniche manœuvra avec facilité, très habitué, puis ils partirent. Le trajet se fit en silence, tous étaient plongés dans leurs pensées, fatigués par cette longue journée.

En revenant au village, puis à la maison, ses parents allèrent aussitôt dormir, sans beaucoup parler. Kento se glissa dans la pièce étroite où il dormait avec son petit frère et ses deux petites sœurs, s’asseyant sur son futon sans dormir aussitôt. Ses aînés, eux, avaient déjà dû partir, parfois das d’autres villages, parfois dans celui-ci, car la maison familiale était décemment bien trop petite pour accueillir tout le monde, par ailleurs, la majeure partie de l’espace était occupée par la quincaillerie et par l’atelier de fabrication et réparation. C’était donc à son tour de partir, également. Il observa un long moment son frère et ses deux sœurs dormir, qui resteront juste tous les trois, après son propre départ. Peu à peu, la maison se vidait. Il les embrassa chacun en douceur sur le front, avant d’enfin s’allonger puis souffler la petite flamme, du bougeoir. Seule restait la faible lumière de la lune, passant par la petite fenêtre de la chambre. Bonne nuit, la famille, demain sera un autre jour. A peine allongé, il s’endormit presque aussitôt, ses rêves l’emmenant dans de grands et beaux paysages d’automne, aux milles couleurs chaudes et éclatantes.

Le matin venu, il ne mangea pas, étant donné que leurs provisions étaient très maigres, la famine était partout, il donna sa part à sa plus jeune sœur, pour qu’elle puisse être en forme avant de partir au centre de formation des apprentis. Il embrassa tout le monde puis se prépara, se lavant sous une mini cascade, plus loin, avant d’enfiler ses vêtements, chaussures, puis se rendre dans le quartier Kawa. L’agitation était déjà à son comble, des bateaux partaient, d’autres arrivaient. Des deux côtés, aussi loin que son regard pouvait porter, il voyait bateaux et péniches remonter vers le mont Atago à la force des rames ou bien descendre avec les pagaies et voiles vers la vallée de Hozugawa. Il patienta assez longuement, marchant sur les bords des quais, jusqu’au moment où la péniche venue de Kameyama soit annoncée, par un des pêcheurs l’ayant aperçu au loin. Il se pressa vers le bon embarcadère, puis attendit que les passagers descendent. La jeune dame Masuda n’était pas venue seule, tiens, elle était accompagné d’un homme plus âgé qu’eux d’eux. Ils se saluèrent poliment, à la manière du pays, tout en se poussant pour ne pas gêner ceux et celles qui déchargeaient les marchandises.

Atsuyo – Je me nomme Atsuyo et je suis le cousin dont d’Itsuko, je l’ai escortée jusqu’ici comme elle n’avait jamais pris le bateau auparavant. Je pourrai faire le trajet inverse si vous le souhaitez pour la ramener et si vous avez une idée du temps que prendra la visite de votre village.

Kento – C’est gentil, sourit-il. Ne vous inquiétez pas, j’ai déjà prévu ce qu’il faut et j’escorterai mademoiselle Masuda jusque chez elle.

Comme il ignorait pour combien de temps ils allaient en avoir, il avait préféré prendre ses précautions. Lui risquait beaucoup moins qu’une femme seule, à voyager. Après avoir souhaité un bon voyage de retour à Atsuyo, il proposa son bras à la demoiselle, libre à elle de le prendre ou non, ensuite, c’était juste pour éviter qu’elle ne tombe sur les ponts, embarcadères et passage en bois, quand on avait pas l’habitude, ça pouvait se révéler délicat. Il l’entraîna ensuite avec lui en lui disant qu’ils étaient dans le quartier Kawa, le quartier des pêcheurs et des marins, là où tous les bateaux, voiliers, péniches et barques se croisaient. L’activité y était folle, entre les marchandises chargées ou déchargées, préparées pour les convoi, les produits de la pêche qu’on emmenait, les passagers passant par le fleuve pour aller d’un endroit à l’autre, les puissantes et énormes roues des moulins emportées par le courant, les convois, les charrettes, les personnes poussant brouettes ou portant des sacs sur les épaules. On y marchandait, discutait, criait, courait, commerçait sans jamais la moindre pause. Ils dépassèrent une des places de marchandage, là où producteurs, transporteurs et fournisseurs se croisaient pour acheter des marchandises en gros, puis passèrent enfin dans les parties calmes du village.

Kento – C’est le quartier Shinkõ. Le quartier des artisans, j’y vais avec ma famille. Il y a principalement les artisans du bois, des objets du quotidien et des petits outils. On ne fabrique pas d’armes, par ici, pour ça, il faut se rendre jusqu’à Ukyõ-Ku, sur le mont.

Dans ce village pourtant peu grand, comparé à d’autres, on trouvait plus d’une centaine de boutiques d’artisans, leur village n’était pas surnommé ainsi pour rien. Il commença à faire le tour du quartier avec Itsuko pour lui montrer ce qu’on faisait ici, s’arrêtant régulièrement pour saluer connaissances et amis, échanger deux ou trois mots, avant que chacun ne revienne à ses propres affaires. La nouvelle du mariage avait déjà commencé à se répandre, beaucoup leur en parlaient, au passage, saluant la jeune femme et parfois lui demandant d’où elle venait. Il était rare de prendre une « femme de la ville » comme épouse plutôt qu’une « femme venue des gorges et du mont », comme dit un des charpentiers, d’un ton un peu perplexe. Il ne fit cependant pas plus de commentaires et leur dit au revoir d’un bref sourire, juste avant de crier à son apprenti d’arrêter de flemmarder et de travailler. Kento s’arrêta près de l’étal d’un marchand de légumes et de fruits, disant d’un ton plus bas que la famine était rude, en ce moment, et qu’on trouvait bizarre ici qu’il y ait en plus si peu de représailles lancées contre les bandes de pillards terrorisant la région. Que fichaient donc les samouraïs ? A n’y rien comprendre.

Quelques mètres plus loin, il arrêta de nouveau en entendant son nom. Tournant la tête, il sourit en voyant qui l’appelait, c’était la Mère Minie, comme on l’appelait. Une femme bien âgée, maintenant, toute petite, très ridée, les cheveux d’un blanc éclatant, et assise en tailleur sur un grand tapis, au sol, avec autour d’elle de quoi préparer diverses boissons et les vendre, contre menues pièces. Elle se nommait Minako, en réalité, mais tout l’appelait Mère Minie. Il s’approcha avec Itsuko et la présenta à Mère Minie, en lui expliquant que leurs deux familles avaient arrangé un mariage, entre eux deux. La petite grand-mère sourit tendrement et les invité à s’asseoir avec elle, sous l’auvent qui la protégeait à la fois de la pluie et du soleil. Elle prépara ensuite un thé très léger et fin, aux fruits, une recette de sa propre invention. Ses gestes étaient délicats, parfois un peu tremblants, son dos courbé par une longue vie, à la fois très dure et compliquée. Pendant que l’eau commençait à chauffer, elle prit entre ses mains ridées celles de Itsuko et lui dit d’une voix éraillée par le temps de l’appeler Mère Minie, comme tout le village, et lui souhaita la bienvenue. Elle prépara ensuite le thé, levant haut le coude lorsqu’elle servait l’eau.

Mère Minie – J’aime voir les jeunes gens fonder de nouveaux foyers. Les enfants font chaud au cœur, quand j’entends leurs rires, je me rappelle le temps où mes enfants vivaient. Puissent les esprits bénir votre union, mes petits.

Elle prépara trois tasses de son thé spécial et le leur donna, les invitant à boire doucement car c’était très chaud. De sa voix douce et parfois coupée par un peu de toux, elle leur parla des nouvelles dans le village, de la pluie, du soleil, et de l’hiver qui était très fort, cette année, même si le mois de janvier était un peu plus doux, dans les gorges. Il prirent congé une vingtaine de minutes plus tard, Kento emmenant ensuite la jeune femme continuer la visite. Il lui montra, au loin, un des plus imposants bâtiments de tout le village, qui comportait pas moins de trois étages, en lui disant qu’il s’agissait de l’école, le centre de formation où les apprentis apprenaient à lire, écrire, compter, ainsi que les bases de leurs futurs métiers. Sa petite sœur y était en ce moment même, elle deviendra ensuite cuisinière. Tout le monde ne passait pas par le centre, bien sûr, par contre, nombreuses étaient les familles prêtes à beaucoup de sacrifices pour que leurs enfants puissent y étudier. L’éducation était la garantie d’un avenir meilleur, plus encore avec la famine.

Kento – Quelle a été votre éducation religieuse ?

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Dim 8 Juil 2018 - 17:58
Kento – C’est gentil, sourit-il. Ne vous inquiétez pas, j’ai déjà prévu ce qu’il faut et j’escorterai mademoiselle Masuda jusque chez elle.

Oh, merci. Itsuko remercia son cousin, répondant à son sourire avant qu’il ne reparte au bord de la prochaine péniche jusqu’à Kameyama. Repartant de leur côté, Kento lui tendit son bras qu’elle saisit dans un geste presque automatique, reprenant tout doucement des couleurs, convaincue qu’elle allait se trouver mal si Kento ne lui avait pas proposé son bras. Ils quittèrent ensuite le port, son guide du jour et futur époux lui disant qu’ils étaient dans le quartier Kawa, celui des pêcheurs et des marins. Super… Désolée mais, pour l’heure, elle parvenait difficilement à profiter de ce qu’elle voyait, songeant à l’eau et à tous ces bateaux qui voguaient sans cesse à toute heure du jour jusque tard dans la nuit, très probablement. En marchant à travers le quartier, Itsuko restait assez près de Kento, l’activité folle régnant dans le coin rendant difficile le déplacement et très facile l’égarement.

Elle percevait certains mots, au passage, entendant du marchandage, des cris, de simples discussions plus ou moins animées ou voyant l’un ou l’autre courir. Ils passèrent ensuite sur des places plus grandes, apparemment destinées aux marchandages et autres ventes ou échanges, avant d’arriver dans un quartier plus calme, plus loin de l’eau aussi. Itsuko commençait tout doucement à se détendre, ses yeux essayant de tout voir pour assimiler le plus de détails possible pour le moment où elle viendrait vivre ici. Moment de plus en plus proche, d’ailleurs… Ecartant cette idée pour l’instant, souhaitant profiter simplement de cette journée pour s’habituer à ce nouvel environnement, la jeune femme tourna la tête vers son fiancé, toujours silencieuse.

Kento – C’est le quartier Shinkõ. Le quartier des artisans, j’y vais avec ma famille. Il y a principalement les artisans du bois, des objets du quotidien et des petits outils. On ne fabrique pas d’armes, par ici, pour ça, il faut se rendre jusqu’à Ukyõ-Ku, sur le mont.

Itsuko devait l’admettre, voir tous ces artisans au même endroit produisait une certaine activité et beaucoup d’agitation sans que cela ne paraisse désordonné pour autant. Sur les étals, elle pouvait voir des bols, des baguettes, de petits tabourets, des plateaux… Des outils dont elle ne connaissait même pas le nom, jusqu’à parfois ignorer leur existence. C’était étrange mais, par moments, elle avait l’impression d’être chez elle, dans sa ville, et non dans ce petit village où elle allait passer le restant de sa vie. Et puis… Par moments, encore, elle avait l’impression d’être dans un autre monde. Vivant au bord du fleuve, adaptant leur vie à la Nature plus que jamais, Itsuko remarqua que les artisans avaient même conçu certains objets particuliers leur facilitant sans doute la tâche dans certains cas.

Leur mariage très proche avait déjà été annoncé dans le village, beaucoup de connaissances ou amis de Kento la regardant avec plus d’intérêt que de coutume lorsqu’elle croisait des inconnus. Comment… En une seule nuit ? C’était bien hier, n’est-ce pas, elle n’avait pas pu rêver tout ce qui s’était passé ? Mais oui, c’était une réflexion illogique qu’elle avait. Son fiancé l’avait prévenue : ils étaient une grande famille et se soutenaient beaucoup, tout le monde se cotisait pour un mariage, tout le village y participait… Forcément, ils étaient au courant. Et le mariage entre une paysanne et un artisan étonnait plus d’une personne, notamment ce charpentier qui fit la remarque d’un mariage traditionnel entre deux personnes vivant ici d’ordinaire. Souvent, elle se retrouvait à répondre à la question de son origine, même si elle devait faire tache dans le décor avec ses vêtements, son maintien, son comportement… Et elle mangeait plus qu’eux, même un tout petit peu, cela se voyait à vue d’œil, lui faisant détourner le regard plusieurs fois. La famine touchait l’endroit plus encore que dans d’autres villages, Kento souligna, devant un étal de fruits et légumes, qu’il ne comprenait pas ce que faisaient les samouraïs puisque les pillards ne subissaient aucune représailles.

Ils poursuivirent leur chemin avant d’être, à nouveau, arrêtés quelques mètres plus loin par une dame plus âgée que Kento semblait bien connaître puisqu’il lui répondit avec un sourire sincère. Petite, ridée et les cheveux d’un blanc éclatant, elle était assise en tailleur sur un tapis au milieu de boissons à vendre, comme elle l’annonçait tout haut. Toujours accrochée au bras de Kento, elle le suivit lorsqu’il se rapprocha de la commerçante en faisant les présentations, expliquant le mariage arrangé qui aurait lieu entre leurs familles. L’amie de Kento, ou grand-mère peut-être, répondit à cette annonce par un sourire tendre avant de les inviter à s’asseoir avec elle, sous un auvent qui devait sans doute servir à la protéger de la pluie. Aussitôt assis à ses côtés, elle s’attela à préparer une boisson, sans doute un thé, dans des gestes délicats mais tremblants à cause de son âge avancé. L’ensemble rappelait à Itsuko sa propre grand-mère, ce qui lui arracha un sourire, à la fois gêné et attendri, accompagné d’un sentiment de sécurité. Au même moment, interrompant ses préparations, la petite grand-mère lui prit les mains et lui dit, d’une voix éraillée, de l’appeler Mère Minie comme tout le village en lui souhaitant la bienvenue. Touchée, Itsuko la remercia, inclinant légèrement la tête.

Mère Minie – J’aime voir les jeunes gens fonder de nouveaux foyers. Les enfants font chaud au cœur, quand j’entends leurs rires, je me rappelle le temps où mes enfants vivaient. Puissent les esprits bénir votre union, mes petits.

La Mère Minie prépara trois tasses de thé, leur en donnant deux ensuite sans qu’Itsuko ne parle beaucoup, toujours dans cette attitude très réservée du début. Elle était partagée entre tout ce qu’elle entendait, surtout concernant leur union très proche et la famille qu’ils allaient devoir fonder. Autant, lors du repas officiel, elle était énervée, furieuse même, et ne cessait de constater des différences de caractère entre Kento et elle, autant aujourd’hui, elle était… étonnée. Oui, c’était le mot. Son futur époux n’était pas comme pendant la soirée, il était plus vif, très aimable et semblait sociable, connaissant tout le monde ou une bonne partie de la population vivant dans le village. Certes, le village était assez petit par rapport à chez elle, mais il y avait beaucoup de personnes malgré tout. Et il parlait, souriait, connaissait chaque recoin, s’accommodait de cette vie sans en être dérangé… Un peu comme cette dame âgée, en fin de compte. Itsuko l’écouta parler des nouvelles du village et de la météo, ajoutant que l’hiver était très fort cette année, toussant parfois. Lorsqu’elle parla, la jeune femme ne put s’empêcher de remarquer, dans ses yeux, certains points communs avec Kento. Ce même air rêveur.

Ils finirent par la quitter, Kento l’entraînant un peu plus loin pour reprendre la visite de son village. Elle avait… un peu sous-estimé ce village, l’avait jugé à tort sans prendre la peine de voir vraiment ce qui le composait et ce qui le rendait si important pour le pays. Parce qu’après tout, même si les artisans n’étaient pas les plus indispensables à la société, d’après le Shogunat, ils y avaient leur place, non ? Lançant un regard discret et fuyant à Kento, Itsuko reporta assez vite les yeux sur ce qu’il lui montrait au loin. Un bâtiment assez imposant, plutôt haut par rapport aux autres maisons ou commerces des environs, les surplombant légèrement. Il lui apprit qu’il s’agissait du centre de formation, l’école dans laquelle sa sœur apprenait à lire, compter, écrire et les bases de son futur métier comme tous les autres enfants. Elle voulait devenir cuisinière, ce qui tira un petit sourire attendri à Itsuko, le premier qu’elle ne força pas, même si l’apprentissage en centre de formation était une nouveauté pour elle. Elle savait compter, oui… Mais lire et écrire, cela ne s’était jamais avéré nécessaire, il suffisait de compter en tant que paysanne, et c’est tout. Ses parents n’avaient jamais envisagé autre chose. D’ailleurs… C’était donc là que Kento enseignait, parfois, à lire et écrire aux autres ?

Kento – Quelle a été votre éducation religieuse ?

Itsuko – Mes parents, comme ma famille toute entière, a toujours été shintoïste, dit-elle en s’arrachant de la contemplation de l’école. En tant que paysans, nous croyons très fortement à l’existence fondée de tout ce qui nous entoure. Sans soleil, pluie ou fertilité, il n’y a pas de nourriture, pas de cycle de vie… Mes parents sont très proches de cette religion, y consacrent plusieurs heures par semaine, surtout en ce moment avec la famine. En soi, cela n’a rien d’exceptionnel, je pense que mon éducation religieuse se rapproche de celle de millions d’autres Japonais aujourd’hui.

Itsuko lui expliqua comment la religion avait influencé sa vie, depuis toute petite, y compris lorsque le Christianisme avait fait son apparition au Japon jusqu’à très récemment. Depuis que le Shogun l’avait réduit avant de l’interdire purement et simplement, ses parents n’en parlaient plus et avaient même coupé tout contact avec certains amis qui s’étaient tournés vers cette « nouvelle » religion. Elle-même avait suivi tout cela de loin, se reportant aux paroles de sa mère dont elle avait toujours été très proche pour évoluer et mener sa vie du mieux possible. Du moins, jusqu’à présent… Mais Itsuko garda cette pensée pour elle, essayant de mettre ses préjugés de côté pour cette journée. Kento n’était pas le garçon mal élevé, rêveur et ignorant qu’elle pensait il y a de cela quelques jours à peine. Se renseignant, à son tour, sur son éducation religieuse, ils continuèrent à marcher dans le village, Itsuko notant que le paysage était très différent de celui qu’elle connaissait, de celui dans lequel elle évoluait quotidiennement. Après quelques échanges, alors qu’ils continuaient de marcher et visiter, s’arrêtant pour saluer l’une ou l’autre personne, la jeune femme tourna la tête vers Kento, un sourire timide aux lèvres.

Itsuko – J’ai… mal jugé bon nombre de choses à propos de cette journée, notamment votre village. Pour être honnête, je ne comprenais pas le choix de nos parents à propos de cette union arrangée. Avec tout le respect que je vous dois, vous êtes artisan… Et j’ai toujours entendu que l’on ne se mariait qu’avec des personnes de notre classe sociale ou à un rang plus élevé. Je n’ai pas été très ouverte lors du repas et je m’en excuse. Quant au centre de formation, j’avoue avoir été très sceptique. Mais je l’ai eu devant les yeux et c’est, au contraire, très impressionnant. Je ne m’attendais pas à autant de rigueur étant donné votre tempérament plus rêveur. Mais vous… ne faites rien pour vous distraire après la journée ? Vous m’avez parlé de la peinture mais je n’en ai vu nulle part jusqu’ici.

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